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Les multiples visages du lac Atitlán

Après deux semaines à traverser un Guatemala plutôt inconnu des foules, notre arrivée au lac Atitlán est tout un petit choc : bienvenue à Gringo Land.

Bon, d’accord, nous grossissons le trait un tout petit peu, mais en quelques dizaines de kilomètres nous nous retrouvons soudain bien loin des villages et villes indigènes. Le lac Atitlán est en fait un must, l’une des deux destinations incontournables (avec Antigua) pour tous les voyageurs visitant le Guatemala. À raison, d’ailleurs : ce lac est situé au beau milieu d’un paysage idyllique, entouré de trois majestueux volcans éteints. Rien que pour les vues parfaites sur ces derniers, le lac vaut le détour. Même sous les nuages.

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Mais ce n’est pas tout : il est entouré de plusieurs petits villages indigènes et autant d’identités différentes, de langues parlées, de codes vestimentaires, d’ambiances… et tous accessibles lors d’un tour du lac en bateau qui ne prend que quelques heures pour les gens pressés. L’endroit est donc, à juste titre, parfait pour attirer les foules, que nous retrouvons à Panajachel, la principale ville et principal point d’accès au lac.

Touristique Panajachel

À l’image des autres villages lacustres, Panajachel possède une double personnalité. Côté pile, les rues et bords de l’eau dédiés au tourisme, où les étals de souvenirs, restaurants, bars et hôtels se succèdent sur près de deux kilomètres. Pas vraiment notre tasse de thé, mais les vues sur le lac sont magnifiques.

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Côté face, quelques centaines de mètres plus haut, Panajachel prend un tout autre visage, plus local, avec son marché, son église, ses commodores et ses habitants en costumes traditionnels.

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Les deux villages ne se mélangent pas vraiment, un phénomène que nous retrouverons dans tous les autres villages du lac, même si l’on sent que le tourisme est une source non négligeable de revenu, donc de développement local, et à ce titre apprécié.

Nous nous trouvons un petit hôtel familial en retrait de la foule, dans une petite impasse tranquille. Un vrai havre de paix aux chambres simples mais propres entourant un petit jardin luxuriant, pour un prix dérisoire, et surtout un endroit tenu par des gens d’une gentillesse exceptionnelle : le vieux propriétaire, qui a sans doute oublié le compte des années de sa vie, est un vrai gentleman, toujours enclin à nous rendre service et faire en sorte que nous sentons chez nous. Nous donnons rarement des références d’endroits que nous visitons, mais l’envie est trop forte ici. Si vous allez un jour à Panajachel, allez sonner à l’Hospedaje Casa Linda. Vous ne le regretterez pas.

En soi, Panajachel n’a rien d’exceptionnel et rares sont les visiteurs qui y restent plus d’une nuit, lui préférant les autres villages du lac. Nous ne faisons pas exception et décidons, nous aussi, de partir à leur découverte, au cours des prochains jours.

Mais avant nous n’avons pas le choix de fêter Halloween ! Bon, pour la tournée de bonbons dans la ville, on repassera, Halloween n’étant logiquement pas fêtée ici. Qu’à cela ne tienne, nous improviserons: Emma frappera huit fois à la porte de la chambre et huit fois Cécile lui ouvrira avec un déguisement différent, toujours avec des bonbons à donner.

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À présent, partons à la découverte du lac ! Nous avons le temps et surtout pouvons laisser nos vélos et bagages en toute sécurité à l’hôtel, donc nous en profitons et n’emportons que le nécessaire pour quelques jours. C’est parti pour un petit tour en bateau, seul moyen pour se rendre dans la plupart des villages.

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Notre premier arrêt est à San Marcos, sur la rive nord du lac. Durant le trajet, nous apercevons le long des rives ensoleillées de magnifiques petits hôtels au bord de l’eau, autant de paradis tranquilles et isolés pour touristes chanceux de s’y rendre. Certains de ces hôtels ont toutefois dangereusement les pieds dans l’eau, d’autres sont même à moitié engloutis. Car il faut savoir que les eaux du lac montent vite ici depuis plusieurs années : cinq mètres en cinq ans ! L’origine de cette montée des eaux n’est pas vraiment statuée. Certains pensent que l’érosion des sols en est responsable, d’autres que les eaux du lac (qui est sans débordement) montent du fait des pluies intenses des dernières années. Mais la cause la plus probable est que cette montée soit due à une « bulle » volcanique enflant régulièrement sous le lac, durant plusieurs années, avant de retomber comme un soufflet les années suivantes, ce qui fut le cas historiquement. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle tous les indigènes ont leur maison perchée bien au-dessus du lac… Mais les propriétaires étrangers, eux, n’ont pas pris garde à ce phénomène récurrent et beaucoup de maisons se sont retrouvées englouties ces dernières années. D’ailleurs, si l’on plonge sous l’eau on peut visiter ces maisons encore fonctionnelles, prendre un verre aux bars, ouvrir les robinets… Surréaliste.

Zénissime San Marcos

Nous arrivons sur le petit quai de San Marcos et d’emblée sommes sous le charme de ce petit village à flanc de montagne aux ruelles étroites ensevelies sous la verdure.

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Doté d’une vue splendide sur les volcans et des eaux les plus limpides du lac Atitlán, San Marcos fait partie de ces endroits où nous envisageons de nous poser quelques semaines et nous sommes curieux de le découvrir afin de savoir si nous nous y installerons ou non. Il se dégage un esprit de sérénité ici, de calme. Ce n’est sans doute pas pour rien que cet endroit a attiré de nombreux centres de yoga, méditation et retraites mystiques, et autres centres massages. Bon, parfois, l’ambiance new age est un petit peu too much pour nous, mais dans l’ensemble cela donne une atmosphère apaisante qui n’est vraiment pas déplaisante.

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Ça, c’est pour la partie basse du village. Quelques dizaines de mètres plus haut, comme à Panajachel, c’est une autre ambiance. Et malheureusement les deux populations ne se mélangent pas tant que ça ici non plus. À preuve, ce petit marché du samedi tenu sur la place du village, où ne se rencontrent que des gringos vendant leurs huiles essentielles, nourriture bio venue des USA et artisanat. À voir les regards désabusés ou amusés de certains habitants du village devant ce marché, on est en droit d’imaginer ce qu’ils pensent de ces gringos venus dans leur village en quête de régénération énergétique et spirituelle…

Concours international

Le hasard fait que notre arrivée à San Marcos coïncide avec la Fête des Morts, et pour l’occasion le village a organisé un grand concours de cerfs-volants auprès des enfants du village.

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Attention, c’est du sérieux et les enfants ont préparé leurs œuvres de papier depuis plusieurs semaines. Sur le terrain de foot municipal, ils se retrouvent, par tranches d’âges, et sont jugés sur la beauté de leurs cerfs-volants, leur habilité à voler et la durée de vol, devant une foule de mamans en délire (au fait, pouvez-vous repérer Cécile et Emma dans la foule?).

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Il faut voir tous ces petits points de couleurs dans le ciel, et surtout la fierté dans les yeux des enfants lorsque le cerf-volant qu’ils ont fabriqué s’envole !

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Emma n’est pas en reste et teste elle aussi le petit cerf-volant de papier que nous lui avons acheté deux jours plus tôt. Avec un succès mitigé, toutefois, ce dernier n’ayant pas de queue lui permettant de voler correctement. Quelques ajustements seront nécessaires… mais bientôt le cerf-volant pourra voler.

Une fête des morts bien vivante

Nous tenons ensuite à voir de plus près comment l’on célèbre la Fête de Morts ici, et nous rendons donc au cimetière de San Marcos, tout en haut du village. Notre surprise est totale : toutes les familles ou presque ont rendez-vous ici aujourd’hui et l’ambiance est plutôt festive . On mange, on chante, des vendeurs ambulants sont sur place pour proposer des tacos et autres gourmandises… bref l’ambiance est loin d’être triste. Ce qui n’empêche pas le recueillement sur parfum d’encens. Ou l’art de passer de bons moments avec les défunts des familles et de les garder dans la famille, même après leur départ… Pas de photos ici, par contre. Sauf dans nos souvenirs.

Sur le retour, Emma profite d’un point dégagé et venteux pour tester son cerf-volant rafistolé par maman. S’il ne vole pas parfaitement, au moins il décolle ! Nous sommes vite rejoints par des petits gars du coin qui rappliquent avec leurs cerfs-volants et Emma échange avec eux des ruses de Sioux pour faire voler leurs engins respectifs.

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Les hauteurs du village ont aussi ceci de particulier qu’elle offrent une vue panoramique sur le lac, dont on ne se lasse jamais…

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Nous quittons finalement San Marcos après deux jours. Pas que l’endroit ne nous plaise pas, loin de là, mais tout simplement nous ne nous sentons pas le besoin d’y rester plus longtemps. Ce besoin de bouger, encore et toujours…

Festif San Pedro

Direction San Pedro, de l’autre côté du lac, sur les flancs du volcan du même nom, pour une plongée dans une toute autre ambiance. San Pedro, ou le repère des backpackers et jeunes routards, réputé pour son caractère festif et ses services très abordables. Ici foisonnent les auberges de jeunesse, écoles d’espagnol, bars… Si vous voulez faire la fête à Atitlán, c’est ici que ça se passe. Sympa comme endroit, et la vue de la chambre de notre petit hôtel est, ma foi, bien plaisante…

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Mais nous ne nous y attardons pas et préférons aller passer la journée dans le petit village d’à côté, à San Juan, beaucoup plus tranquille.

Artistique San Juan

San Juan est surtout reconnu pour son côté artistique. Ici l’on retrouve beaucoup de galeries de peintures Tz’Utujil au style naïf si spécifique, mettant en valeur le lac, mais aussi des scènes de la vie rurale maya vue du sol (comme si vous étiez une fourmi) ou du ciel (comme si vous étiez un oiseau). Pour les curieux, plus d’infos sur ce style pictural et ses principaux artistes sont disponibles ici.

Les murs des rues sont aussi ornés de très belles murales colorées, égayant notre visite.

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C’est ici aussi que l’on peut découvrir l’art si délicat du tissage maya. Alors que nous nous promenons dans les rues, nous rencontrons donc par hasard deux femmes, mère et fille, en train de tisser chez elles et qui acceptent de nous montrer leur talent, hérité d’un savoir-faire ancestral. Une belle rencontre.

Fier Santiago

Le lendemain nous continuons notre tour du lac et nous dirigeons vers Santiago, cette fois-ci en bus, en passant par l’une des routes réputées comme étant les plus souvent fréquentées par les pillards. Nous nous disons que nous ne risquons pas grand chose en nous fondant avec les locaux, mais au cas où, nous répartissons et cachons notre argent et cartes bancaires dans différents endroits: dans les chaussures, dans les culottes… C’est vrai que la route que nous empruntons est un parfait endroit pour un guet-apens : sur plusieurs kilomètres celle-ci n’est rien de plus qu’un chemin de grosses pierres que le bus arpente poussivement, en roulant au pas. Heureusement il ne nous arrive rien et nous arrivons sans encombre à Santiago.

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Si Santiago, plus grosse ville du lac, n’a pas particulièrement de charme, au moins pour les touristes, elle est surtout reconnue au Guatemala pour avoir été la première, à l’aube des années 90, à bouter l’armée en dehors de ses limites territoriales, après l’assassinat injustifié d’une quinzaine de paysans par cette dernière. Cette défaite de l’armée fut l’un des signes avant-coureurs d’une fin de guerre civile imminente après près de 50 ans…

Nous visitons aussi un petit musée sur le textile et le tissage Maya, qui nous apprend beaucoup de choses. Ainsi on nous explique pourquoi chaque village ou presque a des tissus de couleurs différentes : les Espagnols initialement souhaitaient que les indigènes soient reconnaissables des colons. Ils ont donc décidé de leur faire porter des vêtements de couleurs distinctes et facilement identifiables, chaque village ayant sa couleur. Les vêtements Mayas sont également porteurs de nombreux autres codes pour qui sait les déchiffrer : de la longueur de la jupe aux motifs tissés sur les tissus des huipiles, tout a une signification. Une visite vraiment instructive.

De retour à Panajachel après quatre jours autour du lac, nous voilà à présent prêts pour notre prochaine destination : Antigua ! Mais quelle frayeur pour nous y rendre…

Kamikaze

Nous vous avions parlé récemment des minibus, ces véhicules et leurs chauffeurs roulant comme des fous sur les routes. Et bien en fait, les chauffeurs de minibus sont des amateurs. Car il existe une autre ligue : les chauffeurs bus scolaires. Ces autobus jaunes reconnaissables entre tous en Amérique du Nord ont en effet une seconde vie au Guatemala. Après des années de bons et loyaux services aux États-Unis ou au Canada, ceux-ci sont importés ici, leurs moteurs sont changés et leur puissance décuplée, le look revampé, pour donner ceci :

De vraies machines de guerre. Ou de cirque, c’est selon. À leur volant, des kamikazes de la route. Des Mad Max en puissance. Et nous, qui sommes dedans, à leur merci. J’exagère ? À peine. Pourtant, alors que les vélos sont attachés sur le toit et que nous quittons Panajachel, pour la première fois depuis deux semaines je suis plutôt confiant de prendre un transport en commun. C’est vrai après tout, la route vers Antigua est large et bien asphaltée (c’est en fait la route panaméricaine) et tout devrait bien aller. Erreur. Dès que nous sommes sur la Pana, le chauffeur se met à accélérer. Il enchaîne les virages à la limite du dérapage, se penche sur son volant comme sur une moto. À l’arrière, les gens glissent de leurs sièges, certains tombent dans l’allée centrale. À chaque virage je suis convaincu que nous allons nous retourner. Et cette route qui n’en finit jamais… Pour la première fois du voyage (et j’espère la seule), j’ai peur pour nos vies. Les vélos sur le toit ? Du matériel. Mais nous…

Finalement nous arrivons à Antigua. Blancs comme des cachets d’aspirine, les jambes flageolantes. Je jure ne jamais plus reprendre ces bus de la mort. Et ne me dites pas que rouler à vélo est dangereux. C’est pour moi le moyen de transport le plus fiable. En tout cas bien plus que dans ces Chicken buses provoquant des accidents mortels chaque semaine.

Vive le voyage à vélo !

5 avis sur « Les multiples visages du lac Atitlán »

  1. Très beaux endroits une fois de plus que vous nous offrez les nomades, ce mélange de couleurs et ces paysages sont vraiment magnifiques, je me réjouis pour vous !
    Portez vous bien, Clo et moi on vous embrasse.
    Till
    Ps: pour l’anecdote, les bus péruviens sont pas mal non plus (genre le chauffeur qui fait marche arrière de nuit sur la route car il a explosé son rétro sur un panneau publicitaire et qu’il veut le retrouver ;-)…)

  2. Ici, nous sommes en territoire éclaté et surdimentionné, grâce à la verve de notre guide expert, que je soupçonne de s’adonner à quelque pratique extatique locale. À en juger par la faconde de notre narrateur et à la couleur des détails de ce quotidien déjanté, nous planons au-dessus d’un nid de sensations extrêmes.

    Ce qui est bien avec votre voyage de fou les amis Nomades, c’est que dès votre retour, nous pourrons acheter votre guide Rêve Nomade Planet et ajuster à la mesure des humains normaux, les itinéraires et les découvertes fabuleuses dont vous nous gratifiez, en amont, de si étonnante façon.

    Je peine à vous suivre depuis ma berçante…

    C’est que vous êtes fatigants bien davantage que vous ne le croyez !

  3. Super ce récit, ce trajet en bus nous rappelle en trajet de Abancay à Cusco à travers les montagnes péruviennes… On fermait les yeux à la fin pour ne pas regarder le virage suivant et se rendre compte de la vitesse. Quant aux traits tirés des populations locales elles nous font penser aux boliviens et aux péruviens… Bonne continuation à vélo, c’est mieux ! Guillaume

  4. Merci beaucoup pour votre récit très captivant et instructif et également pour les superbes photos. J’aime beaucoup vous lire et découvrir le monde à travers vos yeux.
    Bon courage encore et toujours et bonne route à vous 3.

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