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L’index du cyclonomade

Vous avez toujours rêvé de tout savoir sur ce qu’est la vie d’un cyclonomade sans avoir jamais osé nous le demander ? Vous voilà exaucés !

Voici, de A à Z, un aperçu de notre réalité quotidienne depuis maintenant 18 mois. Ou 26 anecdotes glanées parmi des zillions de souvenirs.

A

Arbre : Il nous abrite de la pluie, nous protège des rayons ardents du soleil, nous offre ses fruits. C’est un très bon ami sur la route. Il nous rappelle souvent combien il est important de s’ancrer, même en voyage.

B

Bronzage : trace de soleil sur la peau du cycliste, reconnaissable entre toutes et qu’on a bien du mal à dissimuler quand, quelques mois plus tard, on se retrouve en maillot sur une plage de sable blanc !

– Vous êtes cycliste?

– Euh… non jardinière !!!

Poulet

C

Cannabis : surnom donné à nos montures lorsque nous roulons péniblement sur un sentier sablonneux ou gravissons une pente raide et qu’on veut garder le sourire malgré la difficulté. Hue Cannabis !

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D

Douche : le plaisir numéro un après toute journée de vélo… Quand douche il y a, bien sûr !

E

École : café, plage, camping, salle communale, tente, chambre d’hôtel… Sur une table de pique-nique, sur le sable, sur le gazon, sur un matelas de sol. L’école de notre petite nomade, c’est ça.

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Fleurs : sauvages, de toutes les couleurs, ramassées et offertes avec amour par Emma à sa maman qui certains jours pédale fort mais n’a pas un gros mental.

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G

Gourde : accessoire précieux grâce auquel on peut s’hydrater sur notre parcours sans s’arrêter de pédaler. Par grosse chaleur, c’est thé chaud au plastique pour tout le monde !

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H

Hamac : accessoire indispensable pour reposer les muscles dorsaux malmenés par le pédalage et par la position penchée sur les sacoches. Et pour tout un tas d’autres raisons aussi. Il vous faut un hamac.

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I

iPad : petit écran empli de belles histoires et de jeux qui prend une grande place dans la tête d’Emma mais dont nous limitons l’usage à 20 minutes par jour, terribles parents que nous sommes !

J

Jambes : actives 5 à 6 heures par jour dans un mouvement répété de tension/flexion. Moteurs de notre projet. On en prend soin pour aller toujours plus loin.

K

Kilogrammes : selon les résultats de la pesée réalisée sur une route canadienne, nos jambes tirent chaque jour 70 kilogrammes, vélos inclus. De vraies mules.

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L

Lenteur : le voyage à vélo nous impose la lenteur. On se sent tortues et malgré tout, qu’il est difficile de se défaire du rythme effréné du petit lièvre qui est en nous !

M

Mental : une journée est toujours plus longue en son absence.

N

Nomade : toujours en mouvement, toujours en quête de nouveautés, de rencontres, de découvertes, les nomades que nous sommes aiment aussi les jours de repos où l’on peut s’arrêter, jeter l’ancre pour quelques jours dans un petit port et cuisiner, aller dans un bon resto et se faire des amis pour plus qu’une journée.

O

Objets perdus : objets posés sur une roche, un muret, le porte-bagages et oubliés, envolés, volatilisés. Gants, casquette, gourde, drapeau, coupe-vent, lunettes… alouette!

P

Parfums : c’est l’odeur sucrée des pins sous le soleil, le parfum des roses sauvages, l’odeur du lac que l’on longe pendant plusieurs kilomètres, de l’air iodé de la mer. C’est aussi l’odeur désagréable des engrais, des charognes et des vieux camions qui crachent leur fumée noire en nous dépassant. C’est ça, le grand air à vélo !

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Q

Question : qu’est-ce qu’on fiche ici sur cette route étroite où les camions roulent comme des fous, où le soleil tape sur notre casque au bord de fondre, où la pente raide nous force à marcher ? Mais qu’est qui nous a pris ?

R

Rétroviseur : petit miroir accroché à nos casques qui nous permet d’anticiper entre autres l’arrivée des bus trop rapides et qui déclenche un réflexe qu’on garde même en marchant dans la rue, sans casque. Très drôle !

Rétro

S

Sacoches : la salle de bain, la cuisine, le garde-manger, l’école, les chambres à coucher, les placards, le salon, la salle de jeux, le garage, le jardin : chaque sacoche est une partie de notre chez nous. Notre maison tient dans 15 sacoches, ou le bonheur de se sentir léger !

T

Tatouages : petits dessins gras et noirs souvent en forme de vaguelettes qu’on retrouve sur les mollets droits des cyclonomades débutants. La chaîne grasse décore ainsi les jambes nues du cycliste qui peine à trouver l’équilibre de sa lourde monture.

Tatouage

U

Utile : « Ça pourrait être utile non? On va le prendre au cas où ! » … Et non, bien vite nous nous apercevons que le jouet, l’outil, le vêtement au cas où, est de trop. Minimalistes nous sommes devenus.

V

Vent: quand il nous pousse, on a chaud mais on prend de la vitesse et on se dit : « Tiens ! Il n’y a pas de vent aujourd’hui ! », ignorant les herbes couchées dans le pré voisin. Quand il nous fait front, il nous rafraîchit, mais on ralentit et on peste, on dit qu’il est toujours là quand il ne faut pas, qu’il nous lâchera donc jamais !

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W

Warmshowers : des centaines de portes déjà qui se sont ouvertes toutes grandes sur des êtres humains uniques et étonnants de générosité et de confiance. Et autant de sources d’inspiration.

X

La lettre X c’est la croisée des chemins, des choix quotidiens nous emmenant chaque jour vers des horizons inédits. Si nous n’avions pas pris à droite ce jour là ou à gauche un autre jour, nous n’aurions pas rencontré ces personnes incroyables, ni vécu ces moments inoubliables. La vie dépend de tant de détails a priori insignifiants.

Y

Yourte : souvenir chaleureux quelque part dans l’ouest Canadien… à moins que (mirage) ce ne soit en Mongolie ?

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Z

Zig-Zag : technique éprouvée par tous bons cyclotouristes pour grimper les côtes les plus ardues, mais rejetée fièrement par Emma : « Moi, je préfère aller tout droit! » Et le pire : elle n’est même pas essoufflée en haut de la côte. Crâneuse !

7 avis sur « L’index du cyclonomade »

  1. À la lecture de votre abécédaire je cherche à vous réconforter de quelque manière. Novembre :
    Le soleil froid donnait un ton rose au grésil,
    Et le ciel de novembre avait des airs d’avril.
    François Coppée.

    Ou encore :

    Le bonheur serait-il davantage lié à l’adversité qu’à l’absence de contraintes. La véritable nature de l’Homme est en phase avec la lutte.

  2. « Ecole » ?!!! avec une plage de sable fin et des palmiers pareils, mais c’est une torture de faire travailler une enfant dans un panorama pareil 😉
    Avec un cadre tel que celui là (et tant d’autres que j’imagine aisément), je veux bien venir faire la classe à Emma tous les jours moi ! Et si elle préfère sa maman comme maitresse c’est pas grave, je veux bien venir quand même…

    Biz à vous les nomades, bel ABCDaire (je me demande si je devrais pas l’utiliser à la place de mon fameux « alphabet de Oui Oui 🙂 ), et pour la lettre L, je me permettrais un doublon « Lenteur- Liberté » car pour moi le vélo c’est exactement ça !

    • Il y a ceci de votre message Till, qui me fait penser à la lenteur et à la liberté que vous évoquez, des voyages à vélo. Souvent dans les textes de FX, on sent une dose de frustration (légitime bien sûr) de devoir évoluer à la vitesse d’une tortue. Alors que la pulsion d’évasion dévore le frein rongé à l’os de la découverte et de l’aventure sans limites. Aussi, la liberté étant un concept relatif, à vélo on est soumis à tant de contraintes, qu’il n’y aurait rien de plus paradoxal comme situation que de se sentir véritablement libre à rouler attaché à 75 kilos de gravité et à risquer le partage… de la route où sévissent les pires conducteurs. Et je ne parle pas des intempéries ou des avaries, qui ne sont que piments de l’existence à côté des fléaux véritablement dangereux comme la foudre ou les accidents de la circulation.

      Alors je vais vous dire un truc que je n’ai jamais réussi bien sûr à mettre en application lors de mes voyages à vélo. Je n’ai jamais vraiment réussi à accepter ma vitesse ou mon parcours quotidien et je me suis souvent senti rempli de contraintes, davantage que léger comme l’air du temps. Bien sûr il y a les plaisirs au quotidien qui sont rattachés à l’activité, mais fondamentalement, j’ai vécu ces aventures avec un dénominateur commun : beaucoup trop de contraintes et pas mal trop lent à mon goût.

      C’est pourquoi en 87… j’ai commencé à voyage à moto. Depuis, j’ai réalisé que la moto est remplie de contraintes et qu’il ne s’agit pas de pouvoir rouler 500km par jour pour se sentir nécessairement plus près de mon but. Qui est simplement de vivre l’aventure, en liberté et de savoir trouver le bon rythme…

      Je crois que l’humain est résistant au bonheur… d’être. Tout simplement. Dans l’ici et maintenant. On ressent souvent cet état d’arrêt et de satisfaction dans le récit de nos héros. C’est pourquoi ils sont une source d’inspiration.

      • Intéressante analyse Paul, merci. Je ne sais pas pour le genre humain en général, mais pour nous le bonheur réside définitivement dans la lutte. Au risque d’en être souvent frustré au quotidien. Oui, parfois nous allons trop lentement, oui les côtes sont dures, oui on voudrait voir ailleurs, changer de mode de transport parfois. Mais il suffit que l’on prenne le bus pour s’en vouloir instantanément: comme nous aurions aimé rouler à vélo à la place, souffrir mais être fiers plutôt que de choisir la solution de facilité, les fesses bien confortablement assises dans un fauteuil, allant beaucoup trop vite. C’est ce qui fait la beauté d’un voyage en vélo ou de toute autre expérience nécessitant de donner le meilleur de soi et d’aller puiser dans des ressources que nous ne pensions pas qu’elles puissent exister: la douleur mais surtout la fierté incommensurable d’en être arrivé à bout. Ne sont-ce pas les souvenirs les plus mémorables ? Je crois que nous sommes faits pour avancer, lutter. Ultime moyen de puiser notre satisfaction, qui n’est jamais plus belle que lorsque nous nous sommes battus pour l’obtenir. À vaincre sans péril…

      • Mais oui, la lutte est l’essence de la vie, les Nomades rêveurs. Et on Triumph sans gloire… Vous avez tellement raison de poursuivre. Ne serait-ce que pour nous qui recherchons notre carburant sans octane. Mais ce qui est bien aussi, c’est de réaliser que l’on peut être bien en restant sur place. Mais cela, après avoir bougé un bon coup ? Pourtant, tant de gens s’épanouissent en demeurant au coin du feu. Il faut de tout pour faire un monde, dit-on. Et s’il nous était donné de faire les deux expériences en simultané, on vous suivrait et on se bercerait. De l’illusion d’être en voyage… Grâce à vous et d’abuser des berçants de notre chaise. Le meilleur des deux mondes.

  3. Désolée, je vous lis un peu tard mais je vous lis toujours ;-))
    J’adore votre définition de l’ABC du cyclotouriste, vraiment bien.
    J’adore aussi beaucoup les analyses de monsieur Dussault et en particulier la dernière qui nous correspond bien:

    réaliser que l’on peut être bien en restant sur place. Mais cela, après avoir bougé un bon coup.

    Nous avons bougé 2 bons coups, adorons découvrir notre belle nouvelle région et perso, définitivement, au risque de me répéter, j’adore découvrir le monde au travers de vos photos et de vos récits sans envie d’y aller pour autant présentement ou dans un futur proche.

    En tout cas, par contre, ma spontanéité me poussera très probablement à venir vous rencontrer (avec ma petite famille) lorsque vous aurez décidé dans quel pays vous poserez vos bagages pour quelques années…

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