Blogue / Guatemala

Au marché de Chichi

Nous voici à Santa Cruz, capitale du pays Quiché, une région haute en couleurs, reconnue pour la survivance de ces traditions. Mais pour l’instant, admirer les coiffes et les tenues traditionnelles des femmes Quiché n’est pas trop notre priorité.

Pour l’instant, notre priorité est plutôt de trouver un mécanicien capable de réparer ma roue, pour qu’elle tienne la route. Au moins jusqu’Antigua.

Bric-à-brac

Les ateliers de vélo ne courent pas les rues par ici. En fait nous n’en avons trouvé que deux. Le premier n’ayant pas l’air particulièrement inspirant ni, pour tout dire, motivé de nous aider, nous mettons beaucoup d’espoir dans le second. Bien sûr, par ici, il ne faut pas se fier aux apparences. Par ici, les ateliers de vélo ressemblent à de sombres bric-à bracs où s’entassent pêle-mêle des cadres de vélos, des roues, des restes de dérailleurs, de vieilles chambres à air… Bref des tas de vélos désossés, du sol au plafond.

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En clair, il faut les voir comme des cavernes d’Ali Baba pour cyclistes désespérés. Comme moi. Et mettre beaucoup de confiance dans le mécanicien. Dans le cas présent, le premier contact semble prometteur et le mécano semble pouvoir faire quelque chose. Pas le choix de le croire de toute façon. Fébrilement, je lui confie donc ma roue en espérant un miracle, et le regarde à l’œuvre. Il s’avère qu’il consacre plus d’une heure sur celle-ci et y met tout son cœur pour tenter de la réparer. Au programme : nouveau fond de jante recouvert de deux couches de ruban électrique, débosselage maison de la jante à coup de marteau, avant polissage de la jante et réalignement complet de la roue. C’est du bricolage, mais ça a l’air de marcher: au premier test routier, je ne sens quasiment plus la bosse au freinage, c’est bon signe. Reste à voir si cela tiendra lorsque le vélo sera chargé, en descente… Merci, en tout cas, je suis confiant !

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Nous restons deux jours à Santa Cruz et arpentons avec plaisir son marché installé en permanence dans les rues du centre-ville, jusqu’aux abord de sa place centrale et de sa belle église blanche.

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Le verdict

Puis c’est l’heure de vérité, alors que nous remontons en selle. Notre étape du jour n’est pas très grande : vingt petits kilomètres pour rejoindre Chichicastenango, avec toutefois en chemin deux descentes raides suivie chacune de montées de même type. Parfait pour tester ma roue, je serai vite fixé.

Quelques kilomètres après le départ, nous entamons notre première descente. Grande respiration… Et c’est parti. Jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien…

Et puis non. Mon pneu crève de nouveau. Tout pareil qu’il y a deux jours. La réparation n’a pas fonctionné, tout est à refaire.

(long soupir)

Mais je refuse de faire de l’auto-stop : je descendrai à pied ! Ma roue dotée d’une énième chambre à air neuve, me voilà donc parti à pied, freinant avec mon corps mais pas avec les freins pour éviter la surchauffe éventuelle de la roue. Nouveaux muscles qui travaillent, courbatures… Que du plaisir.

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Les filles m’attendent tous les trois virages, patiemment. En bas de la côte, nous remontons tous en selle et comme prévu ma roue tient le coup dans la montée à 14 %. Et la journée s’écoule ainsi : seconde descente à pied, seconde montée en vélo (et à pied aussi, tant elle est raide), pour enfin arriver à Chichicastenango. Heureusement nous n’avons eu que vingt kilomètres à faire. Mais la triste décision est prise : résignés, nous prendrons dorénavant le bus, au moins jusqu’Antigua.

Chichi

Nous voici donc arrivés à Chichicastenango, ou Chichi pour les intimes. Chichi, c’est d’abord son marché, que l’on dit le plus grand, le plus ancien et le plus coloré de toute l’Amérique Centrale. Ça promet ! Oui mais, à être sur tous les circuits touristiques couvrant le Guatemela, celui-ci a-t-il gardé son caractère ou n’est-ce pas devenu qu’un piège à touristes ? Nous avons hâte de le découvrir. Le temps de nous trouver une petite posada familiale avec vue panoramique sur le cimetière.

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Détrompez-vous, la vue est splendide, car ici les cimetières sont comme les maisons : colorés et pimpants. Surtout ces jours-ci, alors que la fête de Morts approche à grands pas. Et pour l’occasion, tout le monde redouble d’énergie pour rendre les tombes et caveaux encore plus beaux : nouvelles couches de peinture rose, nouvelles fleurs… Le tout dans une ambiance festive où l’on vient, bien sûr, se recueillir, mais aussi pique-niquer en famille et… faire du cerf-volant.

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Oui, parce qu’ici les cerfs-volants ont une valeur toute particulière. Les enfants les ont confectionnés depuis des semaines et les lancent à présent au ciel. Un jeu, bien sûr, mais aussi un moyen de communiquer avec les âmes des défunts. Comme cela change des austères cimetières français ou canadiens ! Une vraie bouffée d’air frais.

Le marché aux mille couleurs

Et puis, ce marché ? Un dépaysement sensoriel total. Une diversité incroyable, une plongée dans un monde de couleurs, de saveurs, de bruits et de senteurs. Les étals sont partout et les vendeurs font parfois plusieurs heures de marche chaque jour pour venir vendre le peu qu’ils ont.

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Ici, on trouve de tout: de la nourriture, bien sûr, mais aussi des fleurs, des disques et DVD, du bois de chauffage, des ustensiles de cuisine… et ces tissus si colorés dont on ne se lasse jamais.

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Bien sûr, lors des jours « officiels » de marché, le jeudi et le dimanche, quelques bus de touristes prennent d’assaut la ville. Il faut dire que durant ces deux jours le marché occupe littéralement toutes les rues de la ville et l’animation bat son plein. Mais le marché est présent les autres jours aussi. Il est certes moins étendu mais retrouve tout son caractère local, alors que nous sommes pratiquement les seuls visiteurs à vagabonder parmi les étals colorés et parfumés. Une tout autre expérience, toute aussi remuante, de jour comme de soir.

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Vous voulez savoir à quoi tout ça ressemble, en vrai ? Par ici pour la visite en caméra cachée (attention, ça remue un peu) :

Mais Chichi est bien plus qu’un marché. Ancienne capitale du pays Quiché, cette ville a aussi souffert des atrocités de la guerre civile et les fresques murales sont là pour le rappeler.

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D’ailleurs, cette ville fortement indigène a gardé une double gestion unique au pays, avec deux administrations : une officielle et une indigène, toutes deux gérant la ville en parallèle.

Ça fume !

Les croyances religieuses traditionnelles Mayas restent vives ici, comme en témoignent les offrandes déposées sur les parvis des deux églises. De l’encens, mais aussi de la nourriture et des fleurs y sont déposés quotidiennement dans la plus grande piété et y brûlent en permanence, jour et nuit.

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Idem pour les offrandes déposées à Pascula Abaj (la pierre du sacrifice), une pierre que certains disent vieille de plusieurs siècles, dédiée au Dieu Maya de la terre, au sommet d’une colline surplombant la ville. Un lieu particulièrement sacré, malgré les outrages faits au lieu depuis plusieurs décennies.

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Et puis, il y a cette rencontre avec Martha, une vieille femme qui un matin vient s’asseoir à côté de nous sur le trottoir pour nous faire la jasette, comme ça. La langue bien pendue, Martha nous raconte son histoire, son mari qui buvait trop, sa vie quotidienne avec quelques quetzals (la monnaie guatémaltèque) par jour. Elle ne quémande pas, ne s’apitoie pas, garde le sourire et veut juste jaser avec nous. Des instants uniques.

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Chichi restera comme un souvenir fort du Guatemala et nous ne regrettons pas d’y être restés trois jours pour en apprécier les différentes ambiances.

Faute de vélo opérationnel, c’est en bus que nous rejoignons maintenant notre prochaine destination : la lac Atitlán.

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Considéré par beaucoup comme l’un des endroits les plus enchanteurs du pays, c’est semble-t-il un petit paradis.

Pas le choix d’aller voir ça !

6 avis sur « Au marché de Chichi »

  1. J’en profite Gros bisous à tous les 3 !!! Ah si vous étiez en voiture je vous aurais bien commandé quelques tissus colorés !!! Zut !!!

  2. C’est toujours un bonheur de lire vos chroniques! Superbes photos, textes magnifiquement écrits qui conjuguent habilement vos péripéties à l’histoire des contrées traversées… Continuez à nous faire voyager!

  3. Une description qui nous fait ressentir les ambiances, les situations et les gens rencontrés sur votre route surtout. Un vrai régal de chaque instant que la lecture de votre magnifique équipée. Côté technique, c’est à se demander si un vélo de montagne ne serait pas la monture la plus adaptée à ces conditions difficiles de voyage. Certains voyageurs d’aventure ont fait la démonstration de la supériorité de ces vélos conçus pour les brises fers… (Je pense à ce couple de journalistes aventuriers qui ont fait entre autres le circuit : Le cercle de feu). Bonne continuation les braves !

    • Effectivement les vélos de montagne figurent parmi les bon choix pour ce genre de voyage, mais la réalité est plus compliquée, car l’usage n’est pas tout à fait le même et les pièces s’usent différemment. Pour parler des roues en particulier, nombreuses sont les celles conçues pour résister à tout en vélo de montagne et qui pourtant brisent rapidement en cyclo, ne supportant pas la charge portée. Nous avons appris avec le temps qu’un vélo de cyclo est en fait un savant mélange d’éléments hétéroclites piochés un peu partout (dans le monde de la route, de la montagne…), avec quelques caractéristiques communes toutefois : simplicité, robustesse, réparabilité. Au-delà ce cela il n’y a pas de règle et chacun y va avec ses valeurs sûres, testées sur le terrain et qui varient d’un cycliste à un autre. Et parfois il vaut mieux privilégier une pièce de base mais robuste à une pièce haut de gamme mais fragile.

      • Réponse des plus éclairantes. J’avais lu sur les blogues d’experts ayant voyagé au long cours en des zones éloignées des services techniques qu’il valait mieux s’en tenir à des composantes que l’on risque… de retrouver partout. Alors à oublier, les freins à disques si tentants, les systèmes complexes de changement de vitesses si appréciés autour de la maison, les porte bagages en aluminium impossibles à souder et tout le reste qui ne risque pas de se retrouver en (boutique) de réparation exotique.

        Quand on dit Basic, on veut dire indestructible et simple…

        Merci pour les recommandations.

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