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Campeche, douce transition

Comme il est bon de passer ses journées à rouler sur le plat… Au diable la chaleur, la bonne humeur est de retour !

Plat, pas plate

En route vers la péninsule du Yucatán, nous traversons pour quelques jours les états du Tabasco et du Campeche, qui nous donnent une bonne idée du relief que nous rencontrerons au cours des prochaines semaines. Ici les routes sont plates, mais alors plates… et rectilignes, sur plusieurs centaines de kilomètres.

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Bon, c’est un peu monotone à la longue, mais nous ne nous plaignons pas ! D’autant que nous passons nos journées à observer la faune locale : de nombreux oiseaux et échassiers vivent dans les parages, des singes hurleurs que nous retrouvons perchés dans les arbres juste au bord de la route, ou des tortues aquatiques qui risquent leur vie en la traversant, certaines heureusement sauvées par Emma.

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Le mental est donc de retour et Emma nous impressionne de nouveau par sa capacité. Les journées de 80 km s’enchaînent et mademoiselle n’est pas le moins du monde fatiguée. Elle ne l’était d’ailleurs pas plus au Chiapas : les jambes et le cardio sont bien là, c’est juste la tête qui ne fonctionnait plus. Mais ici le courant passe de nouveau, bien sûr du fait de l’absence de côtes, mais aussi grâce à maman, l’animatrice en chef, qui passe beaucoup de temps à stimuler Emma, avec succès: ces deux-là papotent toute la journée !

Un autre signe qui ne trompe pas sur la forme d’Emma est notre changement d’organisation: dorénavant c’est moi qui tire la remorque et Cécile récupère le FollowMe, en attendant de nous départir de ce dernier, n’en ayant plus besoin.

Côté météo, heureusement la chaleur n’est pas aussi intense que prévu : les matins sont souvent couverts et la chaleur reste supportable sous le soleil d’après-midi, car en roulant nous avons toujours un peu d’air. Les points d’ombre, rares, sont toutefois assaillis pour des repos réguliers, tels que les arbres ou les arrêts de bus, autant d’occasions pour Emma de dégainer son carnet de dessins plus vite que son ombre.

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Puis, vers 15 h le ciel se couvre de nouveau avant d’éclater en orages vers 16 h, heure à laquelle nous devons avoir trouvé un endroit où dormir à l’abri.

Ils ne sont pas nombreux les villages, dans les parages. Ces jours-ci, la mode est donc au camping sauvage ou à l’abri de fortune. Il y a d’abord cette maison derrière le poste de contrôle de l’armée, ces derniers nous ayant invités à nous abriter de l’orage, avant d’installer notre tente au sec et à l’abri des bibittes dans une maison en construction.

Peur bleue

Le lendemain restera un souvenir mémorable pour longtemps : en fin d’après-midi, nous repérons un petit hôtel-restaurant abandonné au bord d’une rivière, en lisière d’un hameau et en retrait de la route. Un vrai petit paradis rien que pour nous ! Après avoir eu la confirmation par les habitants que personne n’habitait là et que nous pouvions y camper, nous installons notre tente dans la salle à manger dont les murs, ouverts, donnent sur la rivière. Trop tentant d’aller s’y baigner, par cette chaleur ! Bon, nous apprendrons plus tard que des alligators y vivent, mais ils ne nous auront heureusement pas trouvés ce jour-là…

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La nuit tombée, à l’abri de l’orage, nous nous endormons, bercés par la pluie clapotant sur le toit de tôle ondulée.

Quand, vers 22 h, nous entendons un bruit de moteur se rapprocher. Une moto vient de se garer près de l’hôtel, deux silhouettes en descendent et commencent à arpenter les lieux, à la lampe frontale, comme cherchant quelque chose. En silence, je réveille Cécile. Nous n’avons officiellement pas le droit d’être ici, c’est une propriété privée. Que faire ? Nous lever et signaler notre présence ? Rester le plus discret possible et espérer ne pas être vus ? Nous optons pour la seconde option : « Et si c’étaient des trafiquants ? On ne sait jamais ! ». Les ombres se promènent partout et, immanquablement, l’une d’elles finit par pointer sa lampe dans la salle, repérer les vélos, puis notre tente… avant de s’éloigner derrière la maison. Quelques minutes plus tard, une autre ombre se rapproche à quelques mètres de nous, immobiles, comme pour nous observer, avant de repartir elle aussi. Cécile n’ose plus respirer, et moi j’ai ma lampe prête à être allumée au cas où. Nous défendre ? Il y a bien mon couteau multifonction mais il n’est pas à portée de main, et de toute façon ne serait pas bien utile. Emma, elle, dort à poings fermés.

Les ombres retournent derrière la maison, puis le silence revient, durant plusieurs heures. Sont-ils encore là ? J’ai envie de sortir, pour vérifier, mais Cécile m’en dissuade. Finalement, vers 1 h du matin, nous entendons de nouveau des voix, tout bas, dont une voix de femme, puis le moteur de la moto se remettre en route et repartir. Nous respirons de nouveau, puis après plusieurs minutes je sors de la tente et fais le tour des lieux : nous sommes de nouveau seuls. Sans doute n’était-ce qu’un couple à moto s’étant réfugié ici en attendant que la pluie cesse. Nous sommes quittes pour une bonne frayeur. Inutile de mentionner que le sommeil est ensuite pénible à trouver…

Le lendemain soir, plutôt froids à l’idée de nous isoler de nouveau pour dormir, nous trouvons un coin idéal pour camper : en plein milieu d’un petit village, entre le poste de police et d’ambulance, au fond d’une aréna couverte, en pleine lumière. Par-fait ! Bon, nous sommes un peu carrément visibles de tous, mais peu importe. Et Emma se fait une petite amie qui, curieuse, fait l’école avec Emma puis passe toute la soirée avec nous.

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Luis et Fernando

Nous rejoignons finalement la côte et découvrons pour la première fois de notre périple les eaux de l’Atlantique. Tout un symbole ! C’est le golfe du Mexique, pour être plus précis, que nous longerons pour les trois prochains jours. La route déserte longe les plages de sable blanc aux eaux turquoise… Difficile de trouver mieux comme cadre !

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En milieu d’après-midi nous commençons à chercher un endroit sécuritaire pour dormir, car le prochain village n’est pas avant une cinquantaine de kilomètres.

Nous trouvons alors une grande maison sur la plage et Cécile va interroger l’homme qui l’habite pour lui demander si nous pouvons camper sur la plage, sous un palapa. « Bien sûr ! Vous pouvez même prendre tout l’étage de la maison si vous voulez et rester ici aussi longtemps que vous voulez ! » L’homme, un sourire permanent greffé jusqu’aux oreilles, nous apparaît des plus sympathiques, et nous décidons de nous poser ici pour ce soir, montant nos affaires à l’étage de la maison, à l’abri des moustiques. Luis est un pêcheur qui garde, avec son ami Fernando, la maison appartenant à une famille de Cancún, tout en la rénovant tranquillement pas vite. Ils sont aux petits oignons à notre égard et font tout pour que nous soyons bien ici. Nous le sommes d’ailleurs à tel point que nous décidons de rester une journée de plus sur place. Passer son temps sur une plage déserte pour nous, lire bercé dans un hamac, boire de l’eau de coco à volonté et déguster du poulpe ou du requin pêchés le jour même par les pêcheurs du coin… que du bonheur.

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Et ces couchers de soleil, une fois l’orage passé…

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Nous reprenons malgré tout la route et disons adieu à nos amis, visiblement tristes de nous voir partir. Une autre de ces rencontres marquantes, aussi belle qu’éphémère, qui jalonnent notre voyage…

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Campeche multicolore

Deux jours plus tard nous revenons à la civilisation, alors que nous arrivons à Campeche. Gros coup de cœur visuel. Cette ville, porte d’entrée de la péninsule du Yucatán, reste à part par son caractère qu’elle a su garder authentique et tranquille, par son histoire marquée d’attaques de pirates et ses rues colorées sous le soleil. Le petit centre historique fortifié est un pur ravissement à arpenter, d’autant qu’il est relativement paisible à cette époque de l’année. Une halte parfaite !

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Les prochains jours s’annoncent chargés, alors que nous allons enfin entrer au cœur du territoire Maya. Avec ses nombreuses ruines, c’est du lourd qui nous attend !

8 avis sur « Campeche, douce transition »

  1. Que du bonheur à vous lire! Et les photos, toutes aussi ravissantes les unes que les autres! Soyez prudents!

  2. J’ai commencé à lire votre blog un peu dans le désordre, je le trouve magique, vraiment. C’est l’aventure d’une vie, je suis très admirative de ce que vous faites ! Je suis abonnée à votre blog et je vais guetter vos articles avec impatience !

  3. Entre 2 copies à corriger, je m’évade avec vous… et suis frustrée quand le texte et les photos s’arrêtent !
    Suite à un de vos articles, je n’ose plus dire ni penser que je vous envie…j’ai qu’à faire comme vous ! bazarder pour un temps toute cette activité professionnelle qui me pèse !

    Bravo à Cécile pour son travail infatigable d’enseignante ! et bravo à Emma studieuse, curieuse… et artiste !!! allez je n’oublie pas l’auteur des articles : bravo car vraiment, ce que vous vivez, c’est toujours si bien raconté, !

    Elisabeth

  4. Que d’aventures qui se suivent et ne se ressemblent pas ! Les alligators maintenant ! Que nous réservera demain ? N’est-ce pas le propre des voyages d’aventure que de nous émerveiller et de nous surprendre ? Oui, c’est clair. Mais où se situe la limite à ne pas franchir ? Ton texte FX, trace cette limite dans l’après tout, on aura seulement passé près d’un événement dramatique ! Demain, on sera plus vigilants, si on a le temps…

    J’ai vécu cinq mois au Brésil, à Salvador de Bahia, pour le travail. J’ai été attaqué à deux reprises au cours de cette période. La première fois, j’étais à vélo et je montais une côte à proximité d’un Favela (Village de fortune où règne la loi de la jungle). Deux jeunes ont tenté de me voler en me jetant par terre. Ils voulaient prendre mes sacoches de vélo. J’ai eu le mauvais réflexe ? de me défendre. Ils auraient pu me tuer. Qu’est-ce que j’aurais perdu ? 300$ d’appareil photo et autres ustensiles sans grande valeur… Tout le monde me disait que j’avais eu tort de résister.

    La deuxième fois, j’étais à la maison dans mon immeuble bien gardé… et j’ai ouvert à une personne qui s’est fait passer pour la sécurité. Là je suis vraiment passé près d’y rester. Heureusement, je n’avais que des chèques de voyage à montrer à mon agresseur en guise de butin. Mais lorsqu’il m’a demandé de m’enfermer dans la salle de bain, je suis plutôt passé rapidement du côté de la cuisine où il y avait sur le comptoir un couteau de boucherie qui m’a permis de mettre en fuite mon agresseur.

    Je ne veux pas vous faire peur inutilement. D’autant plus qu’à vélo, une petite famille intéresse par curiosité la plupart des gens, sans doute. Mais n’intéresse pas les voleurs et autres agresseurs, heureusement. Les cyclistes sont perçus comme des plus ou moins pauvres dans les pays en développement. Mais, les conditions socio-économiques rendent les jeunes, surtout (el tigrés), capables du pire pour obtenir n’importe quoi qui sache assurer leur survie au quotidien.

    Mais vous savez tout cela bien évidemment et vous veillez au grain de manière à éviter les contacts avec les mauvaises rencontres. J’en suis persuadé. Aussi, je vous encourage à ne pas vous laisser envahir par la peur et à continuer à bien gouverner votre équipage. Je n’ai pas de conseils à donner, mais… évitez les endroits isolés où personne ne saurait vous venir en aide en criant. Et surtout, n’utilisez pas de couteau pour vous défendre le cas échéant. Il pourrait se retourner contre vous. On peut facilement remplacer le matériel (si précieux pourtant lorsque l’on est au bout du monde), mais on peut perdre la vie tout à fait inutilement. Si vous n’offrez pas de résistance, en les laissant regarder tout ce que vous avez, d’éventuels agresseurs vous laisseront tranquilles et ils ne vous prendront pas du matériel de camping aussi encombrant que difficile à revendre ? Mais encore une fois, vous savez tout cela.

    Je me baignais à Canoudos dans le Sertao (arrière pays de Bahia) dans un étang magnifique et bien hospitalier. Des enfants à vélo m’ont crié de sortir de là à grands cris en se frappant sur la tête et en se tenant les joues… La totale y baignait à mes côtés : serpents et autres amis de la forêt sauvage qu’il fait bon regarder à la télé et bien au sec. J’ai eu ma leçon. Donnée par des enfants…

    Mais que de souvenirs…

    Allez, bonnes baignades les amis !

    • Wow Paul, ça donne envie d’aller au Brésil ! Rassure-toi, nous irons quand même. Après tout, que seraient les souvenirs et un voyage sans (un tout petit peu de) piment?

  5. Toujours aussi incroyables vos histoires. Ça nous change tellement de nos histoires du quotidien et du travail. Portez vous bien et prudence. Aloha à la petite famille et take care!! Pierro

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