Blogue / Mexique

Le tournant

Décidément, ce voyage est riche en rebondissements, le remodelant constamment. La plupart sont positifs, bien sûr. Mais la vie parfois nous joue des tours moins drôles, et le voyage s’en trouve chamboulé. Tout est question de priorité.

_FXD0060

Que calor !

Nous voici arrivés à Mazatlán, au terme de notre traversée de la mer de Cortez en cargo. Si nous ne sommes pas si loin, à vol d’oiseau, de La Paz et de Baja que nous avons quitté la veille, le contraste climatique est saisissant. Ici la chaleur moite nous assomme dès notre arrivée. Fini le désert, bonjour les palmiers, la végétation luxuriante. Pas de doute, nous sommes bel et bien au sud du tropique du Cancer.

Mazatlán est une grosse ville, beaucoup plus imposante que La Paz. Elle a su toutefois préserver son quartier historique coloré qui nous rappelle La Havane par de nombreux aspects. La plaza Machado, en particulier, est charmante, d’autant plus que la ville se prépare pour le carnaval, réputé pour être le plus déluré de tout le Mexique. Malheureusement nous n’y assisterons pas, ce sera pour une prochaine fois.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Nous allons ensuite rejoindre nos hôtes Felipe et Begonia, des amis de longue date de Juan et Diane, qui nous avaient hébergés à Ensenada, quelques jours après notre arrivée au Mexique. Quand Juan avait appelé Felipe pour lui demander s’il souhaitait héberger une famille de cyclistes voyageurs, ce dernier a accepté avec joie. Felipe et Begonia n’ont jamais hébergés de cyclistes ni d’inconnus mais font absolument tout pour que nous soyons à l’aise dans leur très belle maison et nous passons deux très belles journées avec eux et leur fils Nicolas. Quelle générosité, une fois encore !

DSC01674

Nous quittons Mazatlán et mettons le cap sur Chacala, un petit village quelque 400 km plus au sud. C’est là en effet que nous prévoyons nous poser pour quelques semaines, afin de permettre à Emma de socialiser un peu et, pourquoi pas, aller à l’école, tandis que nous planifierions la suite du voyage. Pourquoi Chacala ? Nous cherchions un endroit sur la côte qui ne soit pas trop touristique, plutôt typique. Après quelques recherches, Chacala s’impose rapidement : à 100 km au nord de Puerto Vallarta, ce petit village de pêcheurs en retrait de la route, niché au creux d’une baie et adossé à une forêt luxuriante nous séduit, au moins en photos. Reste à nous trouver un hébergement sur place, idéalement chez l’habitant. C’est alors qu’une fois encore le hasard nous aide, alors que nous recevons un message sur notre blogue de Marina, une Mexicaine souhaitant nous héberger, « pour autant de temps que nous le souhaitons », chez elle à… Chacala ! Quand on parle d’étoiles alignées…

Campagne !

Il nous faut quelques jours pour couvrir les 400 km entre Mazatlán et Chacala, au cours desquels nous roulons dans un tout autre décor que ces dernières semaines. En cours de chemin, nous passons le cap des 10 000 km, pas peu fiers. Dans la chaleur humide, notre progression est lente mais compensée par les paysages que nous traversons. Entre l’océan et la chaîne des Sierra Madre, la route serpente tranquillement dans des collines où les champs et vergers de manguiers succèdent aux palmeraies. Nous nous régalons de cet avant-goût tropical prometteur dans lequel nous devrions baigner au cours des prochains mois. Ça change des cactus.

_FXD0053

Les villages que nous rencontrons sur la route sont, eux aussi, très différents de ceux que nous avons croisés jusqu’ici. Ils nous semblent plus typiques, en tout cas plus agréables. Chacun semble organisé autour de son église et de sa place ombragée, lieu de rencontre et de vie locale où l’on vient se retrouver entre voisins, manger quelques tacos ou juste regarder la vie qui passe. Notre passage dans les rues pavées se fait rarement dans la discrétion, chacun se retournant sur notre convoi atypique suscitant autant de sourires et de saluts que de paires d’yeux écarquillés, surtout dans les petits villages. Nous n’osons imaginer l’effet que nous ferons dans les régions plus reculées d’Amérique du Sud…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Tout doucement…

Rejoignant la côte, nous arrivons dans le gros village de San Blas, pour lequel nous tombons en affection. Entouré de mangrove, nous avons ici l’impression d’être beaucoup plus au sud. Ici la chaleur moite semble avoir ralenti le rythme local, qui s’écoule paisiblement et les jours se ressemblent, rythmés par les courses solaires et les retours de pêche.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Nous trouvons une pension familiale à un coin de rue de la plaza : quelques chambres toutes simples mais propres et un coin cuisine propice aux rencontres, donnant sur une cour intérieure ombragée où un pélican a élu domicile, pour le prix le moins cher que nous aurons payé au Mexique jusqu’ici. Deux autres chambres sont occupées par des familles franco-mexicaines de Guadalajara en vacances « sur la côte » avec lesquelles nous nous lions rapidement, en particulier Mélanie, Julian et leurs deux enfants.

Nous décidons de rester deux jours sur place et allons visiter en barque les mangroves du parc naturel de La Tovara, où nous avons le luxe d’observer crocodiles, tortues, aigles pêcheurs, ibis et autres échassiers en tous genres. Un vrai régal d’autant que, comme souvent, nous sommes seuls avec le guide-pilote du bateau, un petit gars du village qui connaît le coin comme sa poche.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le second jour, nous rejoignons nos amis Mélanie, Damian et leurs enfants sur la plage Las Islitas, pour une belle journée que nous passons bercés par les vagues, dans les hamacs.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Changement de programme

Nous quittons San Blas pour rejoindre Chacala, par l’une des plus belles routes que nous aurons parcourues au Mexique : au cœur de forêts de palmiers, longeant l’océan et traversant de petits villages, nous profitons du moment à chaque coup de pédale, avec nostalgie. Car Chacala sera notre dernière destination mexicaine avant un bout.

Il y a quelques semaines nous avons reçu des nouvelles alarmantes de la famille. Un crabe sournois a fait son apparition chez l’un des nôtres, aussi inattendu qu’agressif. Nous avons donc décidé de rentrer quelque temps à la maison, pour supporter nos proches et apporter un peu du soleil mexicain, qui ne sera pas de trop. « Votre voyage est temporaire et ne vous définit pas. La famille, par contre, c’est pour toujours : c’est elle qui fait ce que nous sommes » nous a dit très justement un ami récemment. Aussi précieux et enrichissant puisse être notre voyage jusqu’ici, il attendra donc pour la suite. Notre priorité est ailleurs pour l’instant.

Pour le moment, nous voici arrivés à Chacala, où nous passerons une dizaine de jours. Marina et Ernesto nous accueillent dans leur très jolie maison à quelques encablures de la plage, sur les hauteurs du village, au cœur de la végétation luxuriante, avec vue sur le soleil couchant sous leur toit de palapa, en feuilles de palme.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le village, adossé au pied d’un ancien volcan, nous plaît beaucoup : quelques 300 habitants, une vie locale tournée vers la pêche, une seule rue pavée et quelques autres de terre battue, quelques restaurants aux toits de palme le long de la plage. Il n’en faut pas plus pour passer ici de belles journées lentes, seulement rythmées par les sorties quotidiennes à la plage dont l’eau est si chaude que nous avons l’impression de nager dans de la soupe. Emma passe ses heures à jouer dans les vagues et se fait de nouveaux amis chaque jour. Et le soir, nous nous régalons de poisson frais pêché du jour, grillé ou en ceviche.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Nous passons de très bons moments avec Marina et Ernesto, de qui nous nous sentons très proches et qui contribuent beaucoup à ce que ces derniers jours soient si agréables.

DSC01782

Parenthèse

Car le retour approche à grands pas, un peu trop vite même. Emma est bien sûr très impatiente : l’idée de retrouver ses cousins et cousines, ses grands-parents et d’aller à l’école lui fait compter les jours jusqu’au départ, pour ne pas dire les heures. Quant à nous, si nous sommes évidemment impatients et heureux de rentrer auprès des nôtres, nous ne pouvons nous empêcher d’éprouver un petit pincement au cœur à l’idée de mettre ce voyage en pause. Mais ce n’est que cela : une pause, qui nous permettra par ailleurs de faire le point, de prendre du recul et de mieux planifier la suite de notre aventure. Une parenthèse indispensable de quatre mois, le temps de se serrer les coudes en famille et de voir le crabe déguerpir.

Nous avons décidé de laisser les vélos et la plupart de notre équipement au Mexique, où nous reviendrons début juillet pour continuer notre voyage d’une vie.

Notre dernière soirée à Chacala restera longtemps gravée dans nos mémoires : Emma se baignant dans l’océan jusque tard après le coucher du soleil, magnifique, un repas de langoustes grillées entre amis… Le Mexique nous manque déjà.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Demain, nous décollons de Puerto Vallarta, direction la France avec deux escales à Houston et New York. Deux jours de voyage, le temps de changer de décor et de température, avant d’embarquer pour un tout autre voyage, qui comportera lui aussi son lot d’épreuves mais se conclura, nous l’espérons de tout cœur, en beauté.

photo

Si nous marquons une pause pour quelque temps, nous continuerons quand même à vous donner de nos nouvelles. Nous vous devons bien ça, vous qui nous suivez depuis si longtemps déjà, nous encouragez et nous inspirez à chaque étape de notre périple, plus nombreux mois après mois.

À bientôt, on se revoit dans quatre mois pour la suite de nos aventures cyclo-nomades.

Hasta luego !

20140303_100147

31 avis sur « Le tournant »

  1. En espérant que tout ira bien chez vous. Petite pause avant le nouveau depart. Mes pensées sont avec vous. Bisous, Roxanne

  2. Tu parles d’une aventure aussi vraie qu’éducative pour tous. Modulée au réel et aux priorités déterminées avec l’intelligence du coeur et des valeurs bien placées. Je suis heureux pour Emma qu’elle puisse socialiser à l’école. Ce dossier me préoccupait. Les adultes, nous sommes capables de bien des rationnalisations. Mais les enfants, en dépit de la solidité des parents, demeurent vulnérables et fragiles. Aussi, la présence d’autres enfants dans sa vie quotidienne, au cours de cet épisode de guérison, augure du meilleur pour elle. Je demeure fasciné par votre souplesse adaptative et vous souhaite le meilleur à tous et à toutes. Sincèrement. Paul.

  3. Vous lire est toujours aussi plaisant, on peut sentir la chaleur dans les mots! C’est qu’ici le printemps tarde a se faire sentir ! Merci pour le partage et bonne chance avec ce crabe!

  4. Bon courage. Ce n’est pas une pause, seulement un autre etape. L’aventure ce n’est pas seulement de voyager, c’est aussi de vivre notre vie en accord avec nos convictions ( et ça c’est plus difficile que de monter une cote a vélo ), Nous partons en voyage parce que nous écoutons notre coeur et il ne faut pas rester sourd quand il nous dit de rentrer. On pense a vous.

  5. Quelle belle aventure vous nous faites vivre, merci pour toutes ces belles phrases qui font que nous sommes à vos côtés, comme nous le serons pour vaincre ce vilain crabe.
    On se revoit bientôt, merci et bonne chance.

  6. Votre courrier est rempli de nostalgie et de crainte… des larmes me sont venues. Je compatis pour tout : la parenthèse imposée dans votre projet, la peur au ventre pour quelqu’un qu’on aime…
    Oui, la famille : « c’est elle qui fait ce que nous sommes »….
    Votre décision vous honore; vous ne pourrez pas vous reprocher un jour de ne pas avoir donné priorité à un être cher.
    Si durant votre pause (en France ? ai-je bien compris ?), vous aviez un jour le temps ou l’envie de venir vers l’Est, n’hésitez pas !
    Elisabeth

  7. Salut les grands voyageurs! Ça fait trop longtemps que nous nous sommes vus. Je reste par contre toujours en pensée avec vous. N’hésitez jamais, si je peux vous aider, je resterai toujours votre ami…pour la vie. Bonne chance pour la suite de votre aventure.

  8. Bon retour temporaire en France et je vous souhaite plein de courage. Je suis rentrée en urgences il y a un mois pour la même raison, mais l’issue a été peu heureuse. C’est dur mais c’est important d’être là pour la famille et pour soi également. Il est aussi important de savoir repartir. Bon courage.

  9. Salut les amis ! On est de tout coeur avec vous et comme vous vous en doutez bien on est trs bien plac pour vous comprendre . De notre ct nous serons aussi en France dans le ou les mois prochains car la vie nous joue un mauvais tour aussi et la maladie m’a attrape le coin de l’oreille ! Nous sommes en dmarches pour un rapatriement depuis l’Argentine . Aurons nous peut tre l’occasion de se voir en France ou tout du moins faire un bon vrai Skype digne de ce nom ! On vous embrasse fort et on vous souhaite la bienvenue en France !

    Orlane

  10. Je suis avec vous dans cette aventure et merci de partager les bons et les moins bons moments de la vie. Cela fait justement partie du voyage. Bon retour xxx

  11. Donnez-nous des nouvelles. Ce sont des moments difficiles et c’est important d’être auprès des vôtres. On vous embrasse et à bientôt. Fabienne

  12. Bon courage, changement de route seulement.
    ‘Ningun lugar es tan lejo’. Dr.Eric Savard , Los Andes, Chile.

    Marcos.

  13. Je vous ai suivi avec plaisir tout au long de votre belle aventure. Merci pour m’avoir fait passé de si bons moments de lecture. Bon retour et mes pensées les plus douces vous accompagnent vous et toute votre grande famille!
    Klaudia

  14. Je vous souhaite un tout bon retour. J’espère que ce vilain crabe ne fera pas trop de dégât.
    En tout cas cette pause vous permettra je l’espère de repartir de plus bel en juillet.
    A bientôt !

  15. On pense à vous les amis, votre sourire, votre gentillesse et votre optimisme ne pourront que mettre du baume au cœur de vos proches.
    On vous embrasse.

  16. Ah et au fait, on parle de vous dans le dernier numéro de « Carnets d’aventure » (quelle belle photo en plus); je vous le garde pour notre prochaine rencontre 😉

    • Bonjour,
      J’ai également découvert votre site grâce à Carnets d’Aventure. C’est chouette votre expérience, votre récit. Est ce que vous connaissez cet homme passionnant, Thierry, qui parle souvent dans ses vidéos sur la santé du crabe et de comment le faire retourner à la mer, loin loin….ça peut être déroutant, déstabilisant, inconfortable…tout comme le voyage non? mais aussi plein d’espoir, et je sais que dans ces moments là on en a besoin. J’ai eu envie de vous passer l’information…http://vivrecru.org/
      A bientôt

  17. On ne se lasse de vous lire, certaines avantures conduisent plus loins et c’est que qui vous arrivent. Tener nous informer, bon courage et bon retour a venir et plus tard en juillet.

  18. Bonjour a vous,
    Je n’ai pas donné de vrais signes de vie ou d’intérêts depuis le début de votre périple mais sachez que je bois vos commentaires comme une piña colada bien fraîche.
    Etant passer par des moments aussi difficile que douloureux je puis vous assurer que vous faites le bon choix en venant soutenir vos proches.
    C’est d’ailleurs tout a votre image, partage amour solidarité.
    Restez comme vous ètes, ne changez rien, pas une virgule.
    Bon courage à tous. Et a quand vous voudrez.

  19. Votre blog est si bien écrit, je voyage derrière mon écran. J’ai l’impression d’être avec vous, de voir ce que vous voyez, de me baigner dans les sons, les couleurs et l’eau chaude… votre aventure est merveilleuse!
    Je souhaite que tout s’arrange pour vous et votre famille! Bon courage!

  20. Je viens tout juste de lire votre dernière publication! Quel revirement! Je comprends tout à fait votre décision et vous admire pour votre capacité d’adaptation et votre sérénité. Si j’avais à affronter un tel ennemi (le crabe!), vous avoir dans mon équipe me rassurerait grandement! Bonne chance à vous tous! Denise

  21. Coucou les nomades!
    Nous venons de lire ce dernier post. Nous sommes avec vous par la pensee! La derniere nouevelle est une pillule difficile a avaler… Le voyage c’est aussi et surtout ca : des imprevus auxquels ils faut s’adapter et faire le bon choix est primordial! Alors prenez bien soin de vous, de vos proches! L’union fait la force! Tout le monde le sait! Alors nous souhaitons un bon courage a la personne que vous allez soutenir. Nous vous envoyons nos pensees, porteuses d’energies positives qui vous seront necessaires dans ce combat! Bon courage! On vous embrasse!

    Les doudous

  22. Donnez-nous des nouvelles. Face à ces moments difficiles c’est important d’être auprès des vôtres. On vous embrasse et à bientôt
    Vous etes les bienvenus à Londres si une envie de voyage vous reprend, on est tout proche bises sophie Franck et les garcons

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s