Blogue / Mexique

Bienvenidos !

Alors que nous approchons de la frontière, nous sentons que nous sommes à l’orée d’un nouveau voyage. En fait, nous avons le sentiment que l’aventure commence ici.

DSC01327

Welcome to Tijuana

C’est avec un mélange d’excitation et de stress que nous arrivons aux douanes les plus fréquentées au monde. Tijuana, tout le monde aux Etats-Unis nous avait déconseillé d’y passer : trop dangereux, irresponsable avec un enfant… Mais nous y sommes. Alors que nous passons la frontière pour piétons, le choc est instantané alors que nous sommes immédiatement plongé dans une ambiance nouvelle. À quelques mètres des USA, c’est un monde complètement différent qui s’ouvre à nous. Un monde grouillant, où un mélange d’odeurs de kérozène, de grillade et de maïs nous accueille. C’est sale, c’est poussiéreux, la musique est partout, c’est plein de vie. Bienvenue au Mexique ! Le temps d’obtenir nos visas pour six mois, et nous voilà déambulant dans les rues de Tijuana, cherchant fébrilement à en sortir pour rejoindre la côte toute proche. Nous demandons notre route à plusieurs personnes, dont toutes nous donnent des indications différentes. Du moins c’est ce qu’on en a compris. Ou pas. L’espagnol de Cécile est complètement rouillé, le mien inexistant… On va bien rigoler.

Finalement nous nous fions sur nous-mêmes, traversant la ville et nous emplissant les sens, jusqu’à trouver la route 1 qui nous mènera le long de la côte jusqu’à Rosarito, station balnéaire située à quelque 30 km de la frontière, où nous passerons le nouvel an. C’est parti.

_FXD9276

Feliz Año !

Puisque ce n’est pas le nouvel an tous les jours, nous nous payons la traite. D’autant qu’ici elle n’est pas chère. Direction le vénérable Beach Hotel, où nous restons deux nuits. Chambre sur la plage, buffet à volonté, jacuzzi, piscine (gelée)… Le gros luxe. Le temps d’acheter une petite bouteille de tord-boyau, nous célébrons le nouvel an en dansant comme des petits fous dans notre chambre et regardons les pétards lancés depuis la plage.

Nous passons le 1er janvier sur la plage et avons la belle surprise de n’être pas seuls : elle est bondée. Les locaux l’ont prise d’assaut et y passent leur journée en famille. Bouffe et musique sont au programme, comme nous le vivrons partout dorénavant. Cette vie, toujours, sans retenue, qui nous séduit.

DSC01333

Notre prochain arrêt est à Ensenada, 110 km plus loin. La circulation est dense jusqu’ici, et le sera d’ailleurs pour les 300 prochains kilomètres, mais malgré tout les voitures et surtout les camions font preuve d’une patience et d’une courtoisie exemplaire à notre égard, malgré l’absence d’accotement, ce qui nous rassure beaucoup. Seuls les autobus sont à craindre. Roulant à tombeau ouvert ils semblent prendre un malin plaisir à nous frôler, même lorsqu’il n’y a personne en face et qu’ils ont toute la route pour eux. Sont fous, ces bus.

Le chien boit du lait

Arrivés à Ensenada nous faisons connaissance avec nos hôtes Warmshowers Juan et Diane. Oui, parce que Warmshowers est partout. Bonne nouvelle. Nous passons deux jours en leur compagnie et beaucoup de bon temps. « Heureusement », ils parlent anglais, ce qui facilite les choses, même si Cécile se débrouille de mieux en mieux chaque jour. Quant à moi, je prends des cours sur mon téléphone, mais bon, pour l’instant, « le chien boit du lait, la femme écrit un livre »… c’est pas ben-ben utile. La barrière de la langue nous empêche pour l’instant de faire plus de rencontres, ce qui nous déçoit un peu. Avec le temps, ça s’arrangera, nous en sommes sûrs. À nous de travailler là-dessus.

Juan nous emmène manger des fruits de mer qui s’avèrent être un vrai régal. Parlant de bouffe, d’ailleurs, si vous nous connaissez un peu, vous savez que c’est sacré. Et ici, nous sommes servis. Partout dans les villes et villages, ça sent la bouffe et la grillade, dans les stands de rue… On a toujours faim et on goûte à tout, surtout aux tamales et aux tacos. De poisson, de crevettes ou de viande, on les dévore toujours avec le même appétit. Agrémentés de guacamole, de tomates fraîches, de salade de chou, de jus de lime et sauce chili, le tout dans une crêpe de maïs, ce sont de vrais régals. Quant aux desserts… Entre les pâtisseries innombrables, les empenadas, les riz au lait et les puddings au pain, on ne se contrôle plus. Ce n’est pas ici que nous perdrons des kilos, surtout au prix que tout cela coûte !

_FXD9279

Notre prochain arrêt est à San Quintin, à deux jours de là. En chemin, nous apprécions beaucoup passer par ces villages traversés par la route, seule voie pavée, autour de laquelle s’opère la vie locale. Nous profitons du fait que les motels soient si peu chers pour y loger, avant de nous empiffrer de tacos. À ce rythme nous allons renflouer notre budget !

Coup de mou

Les paysages, par contre, nous déçoivent un peu, jusqu’ici. Il faut avouer une chose aussi : notre motivation à voyager n’est pas la plus haute depuis quelques temps. Un autre coup de mou. Après la Californie où nous nous étions tant arrêtés et avons eu tant de plaisir, difficile il est vrai de nous remotiver, surtout à l’idée de passer les prochaines semaines dans un environnement désertique. Les côtes semblent interminables, nos vélos trop lourds, le décor monotone… Nous sommes en panne. En outre, Emma se sent vraiment seule et s’ennuie de plus en plus, et son comportement s’en ressent. Il nous faut vraiment trouver une solution rapidement, sinon le voyage risque d’être compromis. Nous avons quelques pistes, dont la principale serait de nous poser quelques semaines sur la côte Pacifique du continent Mexicain, mais ce n’est pas avant plusieurs semaines. D’ici-là, il faut tenir et rester motivés. D’ordinaire les paysages que nous traversons nous aident, mais pour l’instant, malheureusement, ce n’est pas le cas : les côtes sont nombreuses, l’environnement aride sans être particulièrement plaisant, la circulation très dense… Nous n’avons pas de fun.

Quand nous rejoignons San Quintin, par contre, nous savons que dorénavant nous aurons moins de monde sur la route. C’est normal, le désert commence… Pour l’heure nous restons chez Gabino et Lupita, nos hôtes Warmshowers du jour, qui sont extrêmement gentils avec nous. Emma se prend d’affection pour les deux chihuahuas. À défaut d’enfants… Gabino nous donne plein de contacts pour la suite de notre voyage le long de Baja, qui nous seront très utiles.

DSC01344

Ils ont l’habitude de recevoir des cyclotouristes, car Baja est une destination assez courue. D’ailleurs nous croiserons nous-mêmes quelques amis cyclos, qui à chaque fois nous diront qu’ils ont entendu parler de nous ! Il faut dire que nous ne sommes pas si nombreux à rouler dans les parages et tout le monde se connaît rapidement.

SanQuintin

Le monde entier est un cactus (surtout Baja)

Nous quittons San Quintin pour entrer dans le désert de la Valle de Los Cirios. Ici, pas de ville, à peine quelques villages et entre eux, quelques étapes, des bicoques faisant office d’arrêts et de ravitaillement pour les camions de passage. Juste assez pour nous garantir un approvisionnement en eau et nourriture tous les 100 km. Les nuits, nous dormons sous la tente, tantôt près d’un « truck stop », tantôt dans le désert, tantôt dans la salle communale d’un hameau.

_FXD9300

Nous avons la route pour nous seuls ou presque, ce qui est fort agréable. Quant au paysage, il se fait plus beau à mesure que nous progressons, entourés de millions de cactus, partout où l’on regarde. Nous avons l’impression de rouler dans un jardin botanique, tant la variété des cactus nous impressionne.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

La chaleur est supportable, les montagnes se font plus dociles, le moral remonte. Faisant de grosses étapes, nous mettons tout de même quatre jours pour rejoindre Guerrero Negro, au cœur du désert de Vizcaíno, une immense plaine traversée par la route, rectiligne sur des dizaines de kilomètres. Deux semaines après notre arrivée au Mexique, nous voici arrivés à mi-chemin de Baja, déjà.

Securidad ? Bueno !

Et les problèmes de sécurité dans tout ça, que nous redoutions un peu ? Ils ne sont nulle part. Jamais, au cours de ces premières semaines, n’aurons-nous le moindre sentiment de nous sentir menacés. Bien sûr, nous ne montrons pas de signes de richesse (quoique notre couleur de peau est un indice). Nous ne sommes pas non plus dans la région la plus « chaude » du pays et le fait de voyager en famille à vélo ne fait pas de nous les cibles les plus attrayantes, a priori. Certes, il ne se passe pas une journée sans que nous croisions des véhicules militaires armés jusqu’aux dents ou que nous croisions un barrage, mais cela fait partie de notre paysage quotidien. Du reste, jamais ils ne nous ont arrêtés ni demandé nos papiers, même aux barrages. Circulez !

Nous nous promenons le soir sans aucune crainte, et nous sentons totalement à l’aise dans les villes et les villages, pouvons entrer sans crainte à peu près n’importe où et ne sommes harcelés par personne. Le Mexique que nous traversons jusqu’à ce jour est aussi, sinon plus sécuritaire que tous les endroits où nous sommes passés au Canada ou aux États-Unis. Un autre mythe qui tombe et une autre preuve que les rumeurs alarmistes relayées par les médias nord-américains relèvent plus de la paranoia qu’autre chose, heureusement.

Nous restons à Guerrero Negro deux jours, le temps de recharger les batteries avant d’attaquer la seconde moitié de notre odyssée le long de la péninsule. Nous avons déjà hâte, car le plus beau de Baja est à venir, paraît-il. La motivation revient ! C’est bon signe.

DSC01343

PS. Puisqu’il n’est jamais trop tard, nous vous souhaitons à tous une très belle année 2014 ! Puisse-t-elle être celle des projets devenus réalité. Nous en profitons pour vous remercier d’être si nombreux à suivre nos aventures et nous encourager. Vous ne pouvez imaginer comme vous lire et vous savoir derrière nous nous stimule. Merci !

16 avis sur « Bienvenidos ! »

  1. Bonne année à vous trois et surtout bonne route c’est toujours agréable d’avoir de vos nouvelles.

  2. Bon courage, tenez bon! Vous êtes des battants et 2014 vous promet plein de belles découvertes! Bizzz de Bruxelles.

  3. Courage …. j’adore votre voyage , vous etes formidable tout les 3 …. qui n’a pas des moments de decouragement , alors vous plus que m’importe qui ,c’est normal ,vous faites ce grand voyage a vélo , moi je dis BRAVO ….. et puis vous allez en voir de belles choses encore et encore !!! BISOUS A VOUS 3
    Lili

  4. Meilleurs voeux pour 2014 a vous trois. Bon courage pour la suite. Nous sommes toujours aussi impatients de recevoir de vos nouvelles, decouvrir de nouveaux horizons et lire sur vos rencontres. On vous envoie un container entier de motivation et de bisous pour Emma. Franck, Sophie Hugo et Mathieu

  5. Si Emma pouvait échanger sur Skipe avec ses amis et écrire un blogue, cela lui permettrait-elle de vivre des amitiés bien à elle et qui serait formateur sur le plan de l’écrit.

    Les chocs culturels se manifestent parfois de façon inattendue. Changement de culture, de langue, de décor, de climat et d’ambiance générale, côtoyer la pauvreté à chaque jour, autant d’éléments qui peuvent s’avérer une source d’inconfort. Le changement fait partie de l’aventure, on le sait, mais il est un facteur qui use, lorsqu’on se voit soumis au quotidien à d’incessantes adaptations.

    Bien que l’on se sente à priori rompu à côtoyer les différences, il appert que l’accumulation de sensations nouvelles est source de fatigue. Aussi, je vous souhaite bon vent (de dos idéalement) et à chaque jour suffit sa vacances…

    Heureux d’apprendre que vous vous sentiez en sécurité. Il est vrai que selon mon expérience en Amérique Centrale et du Sud, m’auront fait fréquenter davantage les grandes villes. Où la misère se réunit et s’exprime autour des lieux fréquentés. Là où les victimes potentielles sont en nombre et en qualité. Mais en tant que famille à vélo, vous constatez que vous n’intéressez pas les prédateurs. Les cyclistes sont perçus comme des pauvres qui n’ont pas les moyens de voyager autrement. Et la présence d’Emma serait votre meilleure garantie de tranquillité. Votre équipage suscite sympathie et curiosité, certainement, bien davantage que la convoitise, comme vous l’exprimez plus haut.

    Après quatre mois au Brésil, je rêvais en portugais. L’immersion y’a pas mieux pour la débrouille. Alors vous nous écrirez un bout en espagnol sous peu…

    Au Mexique, je garde des images de hamacs où les parents berçent les enfants en attendant rien d’autre que d’être blottis ensemble à savourer l’air du temps.

    « Dire que l’homme est un composé de force et de faiblesse, de lumière et d’aveuglement, de petitesse et de grandeur, ce n’est pas lui faire son procès, c’est le définir ». Diderot

    • Je n’aurais pas pu mieux écrire ce beau texte. Bravo M. Dusseault. Vous soulevez un excellent point en début avec l’idée de faire échanger Emma via Skype, ça pourrait changer totalement son attitude. Elle pourrait certainement exprimer avec une grande fierté, jour après jour, ses exploits qui ne sont rien d’autres que des exploits, vu son jeune âge. Bravo à nos grands voyageurs, que la route et la vie soient bonnes pour vous, que votre motivation demeure et qu’ainsi nous puissions, bien égoïstement, continuer à profiter de ce grandiose voyage tout à fait gratuitement, je pense surtout à nos mollets !

      • Merci Liliane A. de donner écho à mon commentaire. Il est toujours délicat de se mêler de la vie des gens. Aussi, je me suis demandé récemment si je ne devais pas mettre en sourdine les réflexions que m’inspirent mes gourous de l’aventure. Mais je crois que FX et Cécile sont capables de faire la part des choses et de décider de ce qui leur convient.

        Bien sûr, écrire un blogue ou s’exprimer sur Facebook nous expose au regard des autres. C’est un jeu conscient qui, somme toute, peut s’avérer productif, en dépit de ses aléas. Cette proposition à l’effet de mobiliser les besoins de socialisation d’Emma dans un blogue et sur Skipe pose la question de la sécurité. Mais ses parents sont à ses côtés afin de veiller au grain de près. Aussi, le millier d’amis Facebook de Rêve Nomade doit pouvoir offrir un bassin d’enfants de l’âge de notre héroïne étonnament important. Ou à défaut, établir un lien avec un diffuseur comme Radio-Canada ou Télé-Québec, assurerait-il un espace d’échange au fort potentiel de communication…

  6. Bonnes Années a vous 3, j’ai toujours hâte de vous lire. Tres bien écrit et qui nous fait voir les bon moment et les difficultés. Avec vos photo qui sont digne de reporter du Nat Goegraphique vous nous donner le goût de suivre vos traces ou simplement de partir en vélo. Bien content que la Baja soit tranquille coté dandidos ou autre. Je passerai par là moi aussi dans un an. Bonne continuité et plaisir ensemble…

  7. Buen viaje…esta una realidad que todo es diferente en america latina…
    Vous êtes dans une nouvelle dimetncion …..et vous remercie de me faire revivre mes souvenirs de 1996…..en route vers la terre de feu.
    Vous serez combler, j’en suis sûr, durant toute votre portion latine.
    Profitez de tous instants…la vrai vie.les rencontres et la passion restent choses rares…
    Marcos.

  8. chapeau a vous trois,vous etes mes idoles…..pour avoir fait le tour du mexique en moto en1981,,,je suis votre route et votre etat d ame avec grand interet….lachez pas

  9. Bonne année !! Vous lire sur votre sentiment de sécurité me rassure surtout que nous allons voyager dans le même secteur que vous et avec un enfant aussi. Merci de nous partager votre aventure et votre belle plume.

  10. Merci à tous pour tant de messages chaleureux qui nous vont droit au coeur et nous motivent, comme toujours. Quel bonheur de se sentir épaulés, vous nous inspirez !

    • Pour un peu de repos dans Nayarit, mon coup de coeur c’est Rincon de Guayabitos, très mexicain, très coloré et pas cher. Très belle plage, animée, cependant pas de grosse vagues…tout près de Lo de Marco et environ 60 kms de Puerto Vallarta…le bonheur c’est d’être la durant la semaine sainte voir ‘semana santa Guayabitos’ sur ‘you tube’

  11. Un autre petit matin à -20 à lire votre récit. Je vous écris parce cette lecture me fait, moi aussi, voyager. Pour pallier à l’isolement d’Emma, pourquoi ne pas établir une correspondance avec une école? Lui faire la lecture d’une histoire qui se poursuit d’une journée à l’autre ? (Contactez la libraire de l’Écume des jours, à Montréal, elle sera vous conseiller!)

    Planifier des destinations adaptés à ses désirs fait déjà surement partie de votre logistique. Bon courage à vous, continuez de partager vos super bonne photos de cactus et de paysages en point de fuite.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s