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Les vacances

Nous quittons San Francisco avec la sensation très agréable que les prochaines semaines de vélo, le long de la côte californienne, seront des plus reposantes. Ciel bleu et plages infinies à l’horizon.

Bonus : rien de bien méchant côté dénivelé. Sur papier, en tout cas. Il était temps ! Le programme s’annonce donc alléchant : au cours des deux prochaines semaines nous roulerons et camperons le long de l’océan, souvent à quelques mètres du rivage, jamais à plus de quelques kilomètres. Il y a pire comme scénario.

Rapides… comme des tortues

Nous avons aussi décidé d’instaurer des journées « tortue », pour rouler encore plus lentement. Oui, c’est possible. Depuis quelques mois nous avions le sentiment de courir pour échapper à l’hiver qui approchait; à présent que nous sommes sur la côte, pour les prochaines semaines nous musarderons comme bon nous semble, nous arrêterons où l’on veut et ferons parfois de toutes petites étapes. Fous de même. Nous avons le temps, profitons-en !

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Dès notre sortie de San Francisco, le décor est planté, alors que nous roulons le long de longues plages désertes, seulement fréquentées par quelques pêcheurs, ainsi que des surfeurs se régalant dans les gros rouleaux du Pacifique. Ceux-là, nous les retrouverons tout au long de notre périple californien, car ici c’est le royaume du surf. Nous n’en avons pratiquement jamais fait nous-mêmes, mais avons une furieuse envie de nous y essayer depuis quelque temps déjà et être ici ne fait qu’accroître notre envie. Me semble qu’une petite pause sur le bord du Pacifique s’impose pour bientôt… À suivre.

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Après avoir traversé quelques paisibles stations balnéaires, pour notre première nuit nous nous arrêtons à Half Moon Bay, dans un camping au bord d’une immense plage. Déserte, bien sûr. C’est notre premier contact avec les State parks californiens, dont les campings sont très agréables (et dotés d’emplacements réservés aux cyclistes) et pourvus de douches souvent gratuites. Nous, on aime ! Les Californiens ont le don de savoir protéger leur patrimoine naturel, car tout au long de notre descente vers le sud nous ne ferons que croiser de nombreuses State beaches, ces plages protégées par la loi dont certaines disposent de camping, comme ici.

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Nous avons aussi la surprise de retrouver quelques cyclistes au camping. Ça faisait un bail que nous n’en avions pas vu. Nous qui pensions être seuls roulant a priori si tard en saison, il semble que ce ne soit plus le cas. Il faut dire que la côte Ouest est un itinéraire extrêmement couru chez les cyclotouristes, qui l’empruntent au complet (de Seattle à San Diego) ou par sections, tout au long de l’année. Il faut avouer que du coup les relations sont parfois plus impersonnelles, moins complices, même si au cours de notre descente vers le sud nous ferons quand même quelques très belles rencontres, entre autres John, un cycliste Australien sur les routes depuis trois ans et demi (accrochez-vous : il n’est qu’à la moitié de son tour du monde : c’est ce qui s’appelle prendre son temps !), un homme extrêmement humble, passionnant et attachant, avec qui nous connectons instantanément et en compagnie duquel nous roulerons quelques jours. Et avec un peu de chance nous le retrouverons au Mexique, qui sait ?

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Pour l’heure et alors que le soleil se couche sur l’océan, nous nous endormons tranquillement au son des vagues venant mourir sur le sable.

Attention, troupeau d’éléphants

Il n’y a pas que des plages le long du littoral californien.Il y a aussi de nombreuses criques rocheuses, dont la plupart sont protégées, bien sûr, comme le parc Año Nuevo que nous visitons le jour suivant, un havre de paix pour les éléphants de mer, ces mastodontes pouvant peser jusque deux tonnes qui viennent chaque hiver s’y battre et s’y reproduire. Il faut voir la taille des bestiaux ! Et ne pas trop s’en approcher car, s’ils ne sont pas endurants à la course, ils peuvent nous rattraper sur quelques mètres et nous mettre en bouillie. Au sens propre. C’est un autre spectacle naturel auquel nous assistons, conscients de la chance que nous avons, surtout Emma, pour qui aujourd’hui c’est cours de sciences naturelles ! Nous avons aussi l’opportunité de voir de nombreux pélicans, phoques, lions de mer et autres dauphins, avant de reprendre la route.

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La route, justement, cette fameuse et magnifique route 1 qui s’étire tout au long de la côte Ouest américaine, est extrêmement passante pas endroits. Nous ne sommes pas les seuls à l’emprunter ! À tel point qu’à plusieurs reprises au cours des derniers jours nous avons été avertis de redoubler de prudence, d’autant plus qu’un cycliste y est mort il y a deux semaines, renversé par une voiture. Il y a même cette automobiliste qui, après nous avoir doublés et vu que nous avions un enfant avec nous, s’est garée sur le bord de la route et nous a arrêtés, la voix tremblotante et les yeux au bord des larmes, pour nous supplier de faire attention. Nous ne savions que dire, d’autre que de promettre d’être très prudents. C’est vrai qu’ils roulent vite par ici les bougres et que les accotements sont parfois très minces, surtout à l’approche de Santa Cruz, la première vraie ville que nous rencontrons depuis San Francisco. Mais heureusement nous nous y rendons sans encombre.

Santa Cruz et Monterey, les soeurs (presque) jumelles

Santa Cruz, la belle, la balnéaire, avec son charmant front de mer, ses belles maisons et ses surfeurs partageant les vagues avec les phoques. Ville de plaisirs et de loisirs, auto-proclamée « capitale du surf », elle dégage un vrai charme vacancier qui ne nous déplaît pas, surtout avec son vieux quai de bois sentant bon les fruits de mer, son parc de manèges tout au bord de l’eau, comme dans le bon vieux temps, et ses filles en bikini jouant au beach volley. Ouaip, cette ville nous plaît.

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Faute de camping dans les parages, nous y passons la nuit en auberge de jeunesse, un ancien couvent carmélite, et y flânons le lendemain matin avant de poursuivre notre route le long des immenses plages désertes de de la baie de Monterey, que nous atteignons deux jours plus tard.

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Le contraste est saisissant : là où Santa Cruz est tournée vers les loisirs, Monterey est une ville de pêcheurs, ancienne capitale de la sardine et source d’inspiration de nombreux romans de John Steinbeck (dont Canary Row, tiré du quartier du même nom). C’est aussi l’ancienne capitale de la Californie, à l’époque où celle-ci fut sous la couronne Espagnole. Son quartier historique est d’ailleurs extrêmement bien conservé avec de nombreuses maisons hispaniques qui nous plongent littéralement dans l’univers de Zorro, au plus grand plaisir d’Emma. Bien sûr, la ville n’a pas le charme de Santa Cruz, mais c’est justement son passé maritime et populaire qui la rend attirante et touchante. Nous décidons d’y prendre une journée de repos pour en profiter pleinement, mais aussi pour aussi visiter l’attraction locale majeure : l’aquarium ! Et nous ne sommes pas déçus, tant celui-ci regorge d’espèces uniques et il est à la fois ludique et didactique. Les loutres de mer, les méduses, la pieuvre et le bassin reproduisant le grand large nous impressionnent particulièrement.

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Mission spéciale

Après la péninsule de Monterey, nous rejoignons rapidement Carmel, banlieue extrêmement cossue de Monterey, avec ses maisons à colombages d’inspiration normande, ses golfs idylliques au bord de l’océan (dont le fameux Peeble Beach) et… sa très jolie Mission. Ce n’est certes pas la seule que nous visiterons, mais la première d’une longue série de missions qui font partie du riche passé historique et culturel californien. Bâties aux 17è et 18è siècles par les espagnols tout au long de la côte, de San Francisco jusqu’au sud de Baja au Mexique, les missions (une trentaine en tout) avaient plusieurs rôles : politique et stratégique d’abord, pour établir le territoire espagnol auprès de la jeune nation américaine, mais aussi religieux, afin de convertir (et donc mieux contrôler) les populations autochtones locales en les faisant vivre et travailler aux alentours. Car les missions sont bien plus que de simples églises : ce sont des villages complets qui se sont bâtis autour, y vivant en totale autonomie avec une armée locale, des champs et élevages. De nombreuses missions sont encore présentes dans le paysage, à divers degrés de conservation, et celle de Carmel reste l’une des plus belles que nous ayons visitées.

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Elle est si belle que nous en perdons la notion du temps, et alors que restons plus longtemps que prévu sur place, en extase devant les statues et autres autels, dehors la pluie se met à tomber, de plus en plus fort, et la nuit est là. Nous ne pouvons pas rester ici, les motels sont hors de prix. Reste notre dernière chance, plus mince qu’un cheveu de nouveau-né : Warmshowers. Trouvant de la connexion Internet, nous repérons un contact (le seul en fait) à Carmel, que nous appelons à la dernière seconde. Miracle : il accepte. Il ne sera pas chez lui ce soir, mais sa mère, oui. Nous sommes sauvés ! Après une demi-heure à rouler sous la pluie dans la nuit, nous arrivons devant une immense maison sombre et semblant inhabitée, sauf une petite lumière à l’étage, seul signe de vie. Après plusieurs minutes d’attente et alors que nous nous apprêtons à rebrousser chemin, une femme nous ouvre enfin :

–       Bonjour, nous sommes des cyclistes ayant contacté votre fils qui…

–       Des cyclistes ? Venez vite vous réfugier au chaud !

–       J’imagine que vous étiez au courant de notre venue ?

–       Pas du tout, mais entrez et soyez les bienvenus !

Nous restons bouche bée. Nous sortons de la nuit, trempés, sonnons et cette femme nous ouvre et nous accueille sans même savoir qui nous sommes ? Et qui en plus appelle Emma sweet heart le plus tendrement du monde ? Nous sommes en plein rêve ou quoi ? Emma, elle, ne se pose pas de questions et vient de se trouver une nouvelle amie qui, en plus, parle couramment français ! Et nous voilà au sec dans une immense et luxueuse maison vide, gardée en fait par Margaux (la mère) et Joseph (le fils), pour des amis qui sont partis habiter ailleurs. Nous passons une magnifique soirée avec Margaux, une vraie perle de douceur, de générosité et d’humanisme, avant de devoir la quitter le lendemain matin, non sans douleur pour Emma qui l’avait adoptée. Pour la consoler, Margaux lui offre un très joli petit oreiller en souvenir d’elle. Quel beau cadeau… qui va remplir nos sacoches qui en ont bien besoin.

Big Sur, la magnifique

Le beau temps revenu, nous entamons la plus belle partie de notre virée le long de la côte californienne : la côte sauvage et montagneuse de Big Sur, là où les montagnes plongent dans l’océan, où se cachent les plus belles plages et récifs que nous ayons vus jusqu’ici. Pas de village ou si peu pour les trois prochains jours, à peine quelques maisons, perchées en haut des falaises. La route serpente au travers des montagnes, tentant désespérément de rester collée au rivage, au prix de belles montées et descentes et grâce à quelques ponts, chefs d’œuvres structurels. Toujours, nous garderons la vue sur l’océan et nous régalons.

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À chaque virage, à chaque heure, du matin au soir, les panoramas se succédant sans cesse, plus beaux les uns que les autres, des bijoux de plages isolées aux éperons rocheux s’avançant dans l’océan. Le soir, nous campons tantôt au cœur d’une forêt de séquoias, tantôt surplombant la plage.

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Les jours sont courts et nous roulons souvent jusqu’au soleil couchant, avant de passer nos soirées en excellente compagnie. Que du bonheur.

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Grandeur et décadence

Alors que nous quittons Big Sur, la côte se fait moins désolée et plus tranquille. San Simeon est le premier village que nous croisons. Ici la principale attraction est une totale incongruité, j’ai nommé : le Hearst Castle.

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Pour faire simple, ce Castle est une immense maison, un château en fait, bâti par un milliardaire (M. Hearst, vous l’avez compris) au cours des années 20, pour satisfaire ses lubies de grandeur et y accueillir ses invités triés sur le volet, essentiellement des personnalités du cinéma (Charlie Chaplin et autres), banquiers et autres Howard Hugues de l’époque. Avec ses 65 chambres, il avait de la place… Sur les collines dominant le village, Monsieur s’est donc fait construire une reproduction d’une villa Italienne, dans laquelle il a pu y exposer les œuvres de sa collection privée, essentiellement des statues grecques, quelques peintures et autres mobiliers de la Renaissance.

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Le tout dans un goût douteux, où règne un parfum de grandeur (et décadence), de pastiche et de démagogie. Comme quoi l’argent peut tout acheter, sauf le bon goût. Oh, le château ne manque pas de caractère et la piscine est magnifique, mais tout ça rime à quoi ?

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Ah, ce besoin de faire grand, qui n’est pas sans nous rappeler certaines « maisons-châteaux » actuelles de nouveaux-riches et stars du show bizz… Pour la petite histoire, le monsieur avait aussi un zoo privé complet, le plus grand des États-Unis. Aujourd’hui, seuls les zèbres restent présents et galopent en liberté dans les collines.

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Et dire qu’il faut payer pour voir ça, afin de « préserver ce patrimoine ». Et nous l’avons fait. Oui messieurs-dames. La prochaine fois on y réfléchira à deux fois.

Voyage dans le temps

Vite, nous pédalons pour quitter cet endroit de toc et rejoignons San Luis Obispo, où nous retrouvons avec plaisir nos amis Kim et Andy que nous avions rencontrés en grimpant à Bishop et chez qui nous logeons pour une nuit. Chez eux… et une dizaine d’autres colocataires, vivant en coopérative dans un joyeux bordel où règnent toutes sortes de vélos reconstitués en formes aussi diverses qu’improbables. La ville elle-même nous plaît beaucoup, par sa Mission et son petit centre-ville comme par son ambiance étudiante qui rend la ville dynamique et, selon Oprah, « la plus agréable à vivre aux États-Unis ». Si la dame l’a dit… En tout cas, nous sommes plutôt d’accord.

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Notre dernière étape avant d’arriver dans la tentaculaire Los Angeles est un arrêt à Lompoc, en retrait de la côte et au cœur des fameuses terres cultivables où l’on retrouve à perte de vue des champs de fruits et légumes, un autre symbole de la Californie, responsable de près de 50 % de la production américaine de fruits et légumes. Ah, ces fraises sucrées fraîchement cueillies (oui, il y a deux récoltes par an)…

À Lompoc, on peut trouver également… La Purísima Mission. Ben oui, nous on aime les missions. Mais celle-ci est spéciale : l’une des plus anciennes, c’est aussi l’une des mieux conservées où subsiste, car au-delà de l’église comme telle, ce qui fut le village au complet où vécurent plus de 1000 personnes, missionnaires, soldats et indiens. Une belle incursion grandeur nature dans le passé.

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Le jour suivant nous retrouvons la côte, qui nous manquait déjà, non sans traverser d’abord les vignobles de la charmante vallée de Santa Barbara et le village de Solvang, bâti au début du XXè siècle par des immigrants danois et qui nous transporte carrément aux Danemark, avec ses moulins à vent, ses maisons traditionnelles et ses pâtisseries scandinaves. Décidément on trouve de tout ici !

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Mais déjà, la circulation se fait plus intense, la route plus large… Pas de doute, nous approchons de la ville. Finie la tranquillité que nous avons vécue au cours des deux dernières semaines, alors que nous débarquons à la nuit tombée dans la très belle et très chic Santa Barbara. Nous dira-t-elle « pourquoi nous allons, comme un bateau ivre, emportant nos souvenirs » ? À suivre…

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5 avis sur « Les vacances »

  1. Merci! c’est toujours agréable de vous suivre et en plus c’est un trajet que nous projetons de faire. Bonne année à vous 3 et que cette année vous apporte que de belles choses. Bye

  2. Bonjour à vous trois!
    C’est toujours un plaisir de vous lire! Nous sommes bien contents de voir votre progression et cela augure bien pour la suite, la belle Emma semble en pleine forme. Charles et moi en profitons pour vous souhaiter une année 2014 remplie de bonheur à pédale, de belles rencontres et d’aventures exaltantes!
    Denise

    • Quel plaisir de suivre vos péripéties……profitez bien de votre passion de voyager et surtout de ce bel esprit familial qui transparait dans vos superbes photos…..en tant que grand-maman…je vous dis prenez bien soin de vous ……au plaisir de vous lire…xxx et très bonne année!

  3. Wow, c’est du paysage de haut vol !
    On aime les pistes et les cols quand on voyage à vélo, mais on apprécie aussi quand le voyage prend des allures de vacances et que les paysages paradisiaques nous sont offert au prix d’un effort négligeable 😉

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