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Contrastes

Alors que nous quittons Red Rocks, les prochains jours s’annoncent nébuleux. La faute au Shutdown gouvernemental. Nous qui pensions peut-être louer une voiture pour aller au Grand Canyon, nous avons du coup rayé ce projet de notre carte. Ce sera pour le prochain voyage.

Ce Shutdown laisse également planer la plus grande incertitude quant aux services disponibles ou non dans les parcs que nous comptons traverser au cours des prochains jours, à commencer par la Vallée de la mort. Faute de réponses claires, nous décidons de partir quand même. Alea jacta est, comme disait l’autre.

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Du vent !

Retour dans le désert, donc. Faut croire qu’on aime ça, finalement. Dès notre départ, ça démarre fort avec un vent de face si puissant qu’il arrive à nous déséquilibrer et même à nous faire tomber à plusieurs reprises. Le tout en montée, sous la pluie froide. C’est bien plus drôle. Dans ce genre de moment, on se trouve un peu masochistes de voyager à vélo… Nous finissons par atteindre la petite ville de Parhump, où nous trouverons refuge, grâce à Warmshowers, chez Donna et ses quinze chats. Bon, ça sent un petit peu la litière, Cécile éternue tout le temps, mais nous sommes au sec, Donna nous accueille à bras ouverts et la soupe et la généreuse plâtrée de pâtes de Donna nous font le plus grand bien.

La Californie est une frontière…

Le lendemain est une journée spéciale : alors que nous rejoignons Death Valley Junction, nous passons un panneau nous annonçant que nous entrons en Californie. Mine de rien, c’est un petit moment d’émotion. La Californie est pour nous plus qu’un symbole : c’est un jalon important, un objectif atteint, une grande fierté et l’occasion de mesurer le chemin parcouru jusqu’ici. Une chanson s’impose dans nos têtes, qu’Emma chantera à tue-tête durant les prochains jours : La Californie, bien sûr !

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Nous prenons une pause près de l’ancien opéra Amargosa, planté là au milieu de nulle part. Dans l’après-midi nous filons vers la Vallée de la mort, et nous payons une interminable et euphorique descente, au cours de laquelle nous voyons défiler les panneaux d’altitude qui décroît à chaque panneau jusqu’à descendre sous le niveau de la mer.

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Tout ce qui descend… remonte

Nous avons aussi la bonne surprise de réaliser qu’ici, malgré le Shutdown, la plupart des points de vue sont accessibles de la route, à commencer par le fameux Zabriskie Point, point de vue sur d’anciennes mines de borax.

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Ici les rangers sont très coopératifs : après tout, ils sont autant pénalisés que nous. Tant que nous restons proches de la route, ils ne viendront pas nous embêter. Nous arrivons en fin de journée à Furnace Creek, dans le fond de la vallée, où une autre surprise nous attend : de grands palmiers, une végétation (presque) abondante, la vie ! Euh… on est à Death Valley oui ou non ?

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La température est elle aussi très supportable, heureusement. Il faut dire que nous sommes en octobre. Finalement, la vallée est beaucoup plus accueillante que nous ne le craignions. Tant mieux ! Nous nous endormons dans un silence étourdissant, comme nous n’en avons encore jamais connu. C’est l’une des magies envoûtantes du désert.

Le lendemain nous sommes en selle dès le lever du soleil car une grosse journée nous attend : il faut sortir de la vallée et remonter tout ce que nous avions descendu la veille. Le matin, nous roulons parmi les paysages lunaires ensorcelants et découvrons les dunes de sable de Mesquite Flat : on se croirait en plein Sahara !

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Puis vient le plat principal : une ascension de 1 500 m étalée sur 20 km, que nous entamons en début d’après-midi. Cette interminable montée nous prend 6 h, toutes nos barres énergétiques, un nombre incalculable de pauses et autant de coups de gueule pour en venir à bout.

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Alors que la nuit tombe, nous arrivons enfin au panneau annonçant le sommet, lui que nous désespérions de voir de jour. Hourra ! Mais il nous reste encore 20 km à parcourir pour nous rendre à Panamint Creek, un resto/camping/station essence perdu. Une longue descente magique, dévalée au clair de lune, à la frontale, seuls au monde pour rejoindre, tout là-bas, ce petit point lumineux au fond de la nuit. Nous arrivons à destination vers 20 h, brulés de notre journée mais tellement fiers : nous avons survécus à la Vallée de la mort ! Bon, le terme est peut-être un peu fort, mais la fierté est là. Allez hop, on se paye une bonne pizza pour fêter ça !

Au café des rencontres

Nous passons la journée suivante sur place, pour un repos bien mérité. Cet endroit qui n’a pourtant rien de spécial exerce toutefois un charme magnétique sur nous. Ce café du bout du monde, devant lequel souvent les touristes passent sans s’arrêter, tire pourtant son charme des voyageurs qui prennent le temps de s’y arrêter, pour une bière (qui aurait cru que ce serait ici que nous trouverions l’une des plus vastes sélections de bières microbrassées ?), un repas ou la nuit. Une ambiance unique se dégage des échanges entre voyageurs, que nous adorons. Il y a ce groupe de motards-hipsters et leurs montures shopper vintage tout droit sorties du film Easy Rider ; cet autre motard solitaire et voyageur au long cours passant sont temps sur les routes depuis plusieurs années, en quête mystique d’une vie harmonieuse ; ces deux cyclistes suissesses campant juste à côté de nous, que nous recroiserons par le plus grand des hasards plusieurs semaines plus tard sur la côte Californienne… Et nous, qui passons le plus clair de notre journée de repos à ne rien faire, sinon vivre l’instant présent et nous imprégner du silence. Et Emma en profite pour perfectionner ses talents de photographe 🙂

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Paf ! C’est l’automne

Le jour suivant est une autre longue étape, un autre symbole aussi : alors que nous quittons un environnement désertique le matin, en début d’après-midi nous changeons complètement de décor et de saison, passant de l’été à l’automne : presqu’en quelques minutes, le sable et la chaleur font place à une fraîcheur et un environnement automnaux. Bienvenue dans la vallée de la rivière Owens, au pied de la légendaire chaîne de montagnes Sierra Nevada.

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Quel étrange et délicieux sentiment de retrouver ces arbres aux couleurs flamboyantes nous rappelant le Québec et ces montagnes coiffées de leurs chapeaux neigeux, dominés par le Mont Whitney qui, à près de 4 500 m domine la chaîne et la Californie. Et dire qu’à moins de 50 km de là, à vol d’oiseau, la Vallée de la mort plonge à – 100 m d’altitude…

Alors que nous roulons le long de la très belle vallée pour rejoindre Bishop, nous passons par plusieurs villages au charme western indéniable, note coup de cœur allant au petit village d’Independence. Nous passons aussi devant un endroit rappelant l’un des épisodes les moins connus ni glorieux de l’histoire récente américaine : le camp d’internement de Manzanar, où plus de 10 000 Japonais, des familles souvent, furent enfermés durant la seconde guerre mondiale à la suite de l’attaque de Pearl Harbor. La folie et la peur sont décidément les mêmes partout.

Surprises !

Nous arrivons en fin de journée à Bishop, où nous passerons les prochains jours, en attendant la réouverture du parc de Yosemite.

C’est ici aussi que nous attendent à la poste deux précieux colis qui font notre bonheur : une boîte de vêtements chauds que nous avions renvoyée cet été et qui nous revient juste à temps, alors que les nuits sont soudain plus froides et proches du point de congélation. Le second colis est un vrai cadeau pour Emma, puisqu’il contient plein de dessins et même un DVD de petites vidéos que lui ont préparé ses amis de Montréal pour l’encourager et lui dire qu’ils pensent à elle. Quel bonheur de la voir découvrir tout ça, le sourire accroché aux oreilles, elle qui en avait tant besoin depuis quelques jours où elle était moins motivée. Le timing est parfait, nous sommes émus aux larmes. Qu’il est bon d’avoir de tels amis. Merci à tous !

Nous établissons notre camp de base au beau milieu de la petite ville, dans un petit camping de camping-cars tenu par des retraités qui nous prendront d’affection et nous traiteront aux petits oignons. Ils nous trouvent une grande pelouse proche d’un petit ruisseau, parfait. Sans compter que le camping se trouve juste derrière la boulangerie Erick Schatz, qui attirent les touristes de partout et dont nous goûterons à presque toutes les pâtisseries. Vous a-t-on dit que nous aimions les pâtisseries ? Cela pourrait être le thème d’un prochain voyage… Emma est, quant à elle, très heureuse de passer quelques jours ici…

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Blocs en stock

Mais pour nous, Bishop est avant tout un paradis de l’escalade, en particulier l’escalade de blocs, qui fourmillent partout dans la vallée et les hauteurs, en particulier dans les Buttermilks, où nous décidons d’aller grimper et camper pour quelques jours. Nous y rendre n’est toutefois pas une partie de plaisir, la route se terminant par une longue montée parmi les roches et le sable, que nous marchons. Mais quand nous arrivons là-haut, quelle récompense ! Partout autour de nous, dans un environnement désertique, des gros champs blocs rondelets sont dispersés, sortis d’on ne sait où, autant de promesses de grimpes alléchantes. Ici il n’y a pas de camping, on plante sa tente n’importe où, ce que nous ferons, comme les autres. Car nous ne sommes pas tout seuls, bien sûr, et retrouvons avec grand plaisir cette faune de grimpeurs qui est la nôtre. Déjà, nous aimons cet endroit.

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Nous grimpons trois jours sur place et les problèmes de bloc, s’ils nous donnent du fil à retordre, par leur hauteur parfois vertigineuse comme les dégâts que fera le rocher abrasif sur nos doigts, nous séduisent littéralement.

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On vient de partout pour grimper ici et il n’est pas rare d’y croiser quelques stars, comme c’est le cas alors que nous sommes sur place et voyons déambuler Chris Sharma, Fred Nicole et d’autres grimper dans le coin. C’est l’un des millions de charmes de l’escalade et du bloc en particulier, où tout le monde grimpe ensemble, peu importe son niveau, échange ses trucs, s’encourage, s’assure et partage ses tapis de chute (crash pad). Ce qui tombe bien, car nous n’en avons pas emporté. Dans la série « le hasard fait bien les choses dans ce petit monde », nous grimperons, entre autres, avec Kim et Andy, de San Luis Obispo et que nous retrouverons par hasard sur la côte quelques semaines plus tard en vélo, avant de loger chez eux.

Décidément, ces quelques jours passés au coeur des Buttermilks sont un vrai coup de cœur d’escalade du voyage. Et dire que nous n’avons qu’effleuré le potentiel qu’il y a dans la région… et avons adoré passer du temps, simplement, dans cette vallée.

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À l’assaut !

Mais le voyage continue et nous redescendons à Bishop, où une bonne nouvelle nous attend!

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En effet, le Shutdown a enfin été annulé et que les parcs nationaux sont rouverts. Direction Yosemite ! Reste une dernière inconnue à clarifier : la route pour s’y rendre et passant par le col Tioga sera-t-elle encore ouverte ? À cette époque de l’année (fin octobre) il peut neiger à tout moment, impliquant la fermeture du col. Comme ce fut déjà le cas il y a quelques jours, d’ailleurs. Mais depuis le col a été rouvert, heureusement pour nous.

Pas de temps à perdre, il nous faut maintenant passer le col Tioga le plus vite possible afin de pouvoir rejoindre la vallée du Yosemite avant qu’il ne soit trop tard. En route !

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12 avis sur « Contrastes »

  1. Vos images et vos textes sont encore plus intimistes et plus forts à mesure que vous progressez. Vous voir capables de vous arrêter pour tenter l’ascension d’une roche posée là, au hasard de la route, me donne à savoir que la route s’arrête et s’impose dans son silence et dans son immobilité, là où l’on décide de l’arrêter. Ce qui est un luxe inabordable de nos jours… Hors prix, hors temps et hors de l’ordinaire confortable. Donnez moi un levier et je soulèverai la terre disait Archimède, mais donnez-moi un rocher et je soulèverai le temps. Dit le Rêve Nomade.

  2. J’aimerais chanter cette chanson La Californie avec vous en pédalant Je suis rendue à m’inquiter et à me dire je devrais avoir de leurs nouvelles bientôt. Bonne route.

  3. Quelle aventure extraordinaire! Nous avons bien du plaisir à vous lire car vous décrivez l’itinéraire que nous avons fait dans l’autre sens. Death Valley était pas mal plus chaud cependant, en mai. Vous avez de magnifiques photos!
    Lâchez pas! Bien des encouragements à la belle Emma!
    Denise

  4. Quel plaisir de vous lire en terminant ma journée ! Et les images… c’est tellement beau! J’aime beaucoup celle d’Emma qui mange je-ne-sais-quoi dans un bol bleu, vêtue de son manteau bleu sur fond de montagnes. Continuez de vous amusez (lire: gravir des pentes interminables) et de profiter de la vie. Bonne route! xxx

  5. Bravo belle Famille, photo extradinaire, bien prise et vos textes une très belle description. Vous faite rêver, je suis toujours entousiasme de vous lire. Plaisir et sourire lorsque c’est plus dure, sa permet de mieux prendre cela, bonne continuité.

  6. Allô vous 3,
    On a fait a peu près la même route en 2012 avec notre fille de 5 mois … Mais en Westfalia! Vous lire me rappelle nos 17,000 km, les tartes aux fruits Mormon de Capitol Reef, les burger de Bondie’s a Hanksville, les montages champignons de Canyonland.
    Merci de me faire sourire dans l’hivers montréalais en attendant de reprendre la route en 2015 !

  7. Pourquoi ceux qui voyagent sont-ils si beaux à voir ?
    Ce petit mot pour Emma :  » Tu comprendras ,quand tu serras plus grande, l’immense cadeau que tes parents inspirés t’offre aujourd’hui. »
    Merci pour vos récits !

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