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Les lumières de la ville

Déjà plus d’un mois depuis notre dernière pause à Moab. Nous avons bien mérité un petit peu de confort, d’exotisme et de luxe ostentatoire pour nous récompenser d’avoir traversé l’Utah. Las Vegas devrait faire l’affaire.

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Petit coup de pouce

Pour nous y rendre, par contre, c’est autre chose. Nous sommes à Saint George, nous avons 200 km à parcourir, mais il y a un hic : nous n’avons pas vraiment d’autre option que de prendre l’autoroute, sur laquelle les vélos sont, a priori, interdits. Après avoir été refroidis par notre aventure de Zion, l’idée de prendre le risque de se faire de nouveau arrêter par la police nous tente moyennement. Il y a toujours l’option du bus, mais la logistique et le prix nous rebutent pour une si petite distance. Reste le pouce (l’auto-stop). On ne perd rien d’essayer ! Mais nous voulons optimiser nos chances d’être pris, il faut la bonne tactique. Notre arme absolue ? Emma ! Ben oui, il suffit de la poster en avant de nous sur le bord de la route, avec dans les mains une pancarte « LAS VEGAS », qu’elle mettra en évidence chaque fois que passe un pickup ou un camping-car (les seuls véhicules susceptibles de prendre en charge nos trains routiers), et il ne reste plus qu’à attendre et laisser le charme agir… Bingo ! Après quelques temps, un pickup s’arrête à notre hauteur. La vitre s’ouvre, une dame nous demande, l’air inquiet : « Heuh… nous ne sommes pas sûrs …nous n’avons jamais pris d’autostoppeurs… »  Vous inquiétez pas ma p’tite dame, on est la plus gentille famille d’autostoppeurs que vous pourrez rencontrer dans le coin ! Après quelques minutes de conversation, le doute dissipé et la dame rassurée, nous voilà tous embarqués dans leur véhicule. Deux heures de belles conversations plus tard, notre couple nous déposera au cœur de Vegas et il nous remettront même leurs coordonnées : « Si vous avez besoin de quoi que ce soit, appelez-nous ! » C’est ce qui s’appelle passer d’un extrême à l’autre.

Et nous voici parachutés du désert au cœur du symbole de la consommation et du vice, de la débauche et de tous les possibles : Las Vegas. Un peu loufoque et surréaliste de se promener à vélo sur le Strip, le boulevard des casinos, au milieu des limousines à rallonge. Nous comme les passants, tous nous nous regardons comme si nous voyions passer des extra-terrestres. Bienvenue dans la ville du Pêché.

Sin City

Notre hôtel n’est pas loin. Nous avons réservé une chambre au Circus Circus, un énorme (mais c’est loin d’être le plus gros) complexe hôtelier de 3 500 chambres, sur la thématique du cirque.

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Pourquoi celui-là ? Parce que c’est l’un des hôtels les plus adaptés pour les enfants, mais surtout parce que les chambres à 40 $, c’est parfait pour notre budget. Bon, l’hôtel est un peu vieillot, mais les chambres sont propres et suffisent à nos attentes, qui ne sont pas très élevées, après deux mois à dormir dans la tente. Et puis, nous sommes au 35è et dernier étage de l’hôtel, avec vue sur le soleil couchant…

Nous comptons rester sur place quelques jours, le temps de nous reposer. Nous sommes aussi très curieux de découvrir et parcourir cette incongruité au cœur du désert qu’est Las Vegas. Car ici nous sommes toujours au cœur du désert : dès que le regard s’étend au-delà de la ville, ce n’est que roche, poussière et cactus. On le sait, on le voit de notre chambre.

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Mais, aussi contre-nature que cela puisse paraître, une ville a poussé ici. Les mines furent d’abord la raison pour laquelle les gens venaient s’installer ici. Puis Bugsy Malone et ses copains de la maffia s’en sont mêlés et, au début des années cinquante, Flamingo en tête, les casinos se sont mis à pousser comme des champignons, le long du Strip, un boulevard de 6 km le long duquel sont agglutinés tous les hôtels-casinos, tous plus farfelus et grandiloquents les uns que les autres. Bien sûr, Las Vegas est bien plus que cela, mais c’est sur le Strip qu’affluent les touristes du monde entier.

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Notre première impression en est une de tristesse. De jour, les néons sont éteints, le Strip est comme assoupi, comme avec la gueule de bois de la veille. La ville est terne, monotone, ordinaire. Impression renforcée dès qu’on rentre dans l’un des millions de casinos que l’on ne peut éviter. Ils sont en effet partout : où qu’on aille, il faut passer par l’un d’eux. Et ici par contre, tout est fait pour vous faire oublier la notion du temps et vous river à votre machine à sous : glamour ? Au contraire. De jour comme de nuit, dans une pénombre permanente et une odeur de tabac froid, les joueurs semblent scotchés à leurs machines et y dépensent leur paie à coups de 25 cents, dans l’espoir que, peut-être… On est loin de Ocean’s Eleven.

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Partout, des boutiques de souvenirs cheap, de cocktails fadasses servis dans des verres de toutes les formes, des distributeurs de monnaie (quand je pense qu’en arrivant à l’hôtel j’ai demandé où je pourrais trouver un distributeur… le gars m’a regardé avec des yeux ronds, genre « tu te fous de moi ? tu sais où on est ? », avant de poliment de montrer les dizaines d’endroits possibles : « là, là, ici, là, là, là-bas… »).

Un vrai cirque

Dès la fin du jour, par contre, le Strip reprend toutes ses couleurs et le spectacle peut (re)commencer. Et il faut reconnaître que c’est impressionnant.

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Bon, d’accord, tout est en carton, tout est faux. On le sait tous. Mais les gens ne sont pas ici pour ça. Ils sont ici pour rêver. Pour voyager et voir dans la même soirée la Tour Eiffel, le Grand Canal de Venise, la Statue de la Liberté, le Sphinx et le Parthénon.

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Ils viennent aussi pour rencontrer des vraies sirènes, des pirates ou des chevaliers du Moyen-Âge, pouvoir nager avec les requins, voir un volcan entrer en éruption ou des fontaines synchronisées effectuer une poétique danse sur la musique de « I’m singing in the rain » (notre coup de cœur).

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On vient ici encore pour échapper à l’ordinaire et voir une faune comme nulle part ailleurs : des sosies des plus grandes stars, des filles à plumes et autres Bunny girls en résilles et talons à étages, des poupées Barbie péroxidées aux bras de Sugar Daddies, des Monsieurs muscles aux hormones (c’est drôle quand je suis à côté d’eux)…

Certains viennent ici pour se marier (parfois ce n’était pas prévu, alors qu’ils ne s’en rendent compte que le lendemain matin, au réveil…), d’autres pour faire le plein de spectacles : Frank Sinatra et le Sands ne sont plus là, mais le choix est plus large que jamais, des shows magiques du Cirque du Soleil à l’énième come-back de Britney Spears, de Céline Dion à David Copperfield ou Véronique Dicaire (la sensation de l’heure !).

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Consommae humanum est

Surtout, tous viennent ici pour consommer et repartir les poches bien plus légères qu’à l’arrivée. Avouons-le, même nous y avons succombé et nous sommes vidé les poches. Comment résister en effet, à la vue des flippers ? Nous n’avons pas eu d’autre choix que de dépenser un gros 1,25 $. Mais ouf, j’ai eu un multi-billes, et même un extra-bille. L’honneur est sauf.

Mais les casinos ne sont pas les seules occasions de dépenser. Parce qu’il ne faut pas se leurrer. Si vous comptez venir à Las Vegas en pensant que tout est donné parce que vous dépenserez votre argent dans les casinos, vous vous mettez le doigt dans l’œil. Bien sûr, certains hôtels ne sont pas chers, bien sûr c’est le paradis des buffets All you can eat, mais l’addition monte rapidement, surtout pour la bouffe, comme nous nous en sommes vite rendus compte. Notre solution ? Comme toujours : faire à manger soi-même ! Bon, d’accord, allumer un réchaud au naphte dans une chambre au 35è étage d’un hôtel n’est peut-être pas tout à fait la meilleure idée que nous ayons eue… Autre option : trouver les restos mexicains, indiens, chinois… les moins chers. Comment les repérer ? Facile : il n’y a pas un seul blanc dans le resto ! Et en plus c’est mille fois meilleur, le tout pour trois fois rien. On vous l’a dit : on trouve tout à Las Vegas.

Emma, elle, se sent comme un poisson dans l’eau ici. Elle a tout ce qu’il lui faut : un lit confortable, une piscine, des hôtels en forme de châteaux, de la crème glacée et même un magasin complet de M&M’s. Le rêve. Elle nous a même dit qu’elle voulait vivre ici ! Wow, il va falloir se parler, là.

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Passons aux choses sérieuses

Après quatre jours sur place, dont deux soirées où nous en avons pris plein la vue, nous avons besoin de revenir à la réalité. L’orgie c’est bien, la sobriété et la simplicité c’est bien aussi. Et puis, nous sommes aussi venus pour grimper ! Car Las Vegas c’est bien beau, mais c’est surtout à côté de l’un des spots d’escalade les plus réputés : Red Rocks.

Distant de quelques kilomètres à peine des limites de la ville, le parc de Red Rocks est un paradis de la grimpe. Ses parois rouges regorgent de plus d’un millier de voies de tous les styles, des voies sportives d’une longueur aux voies traditionnelles d’une quinzaine de longueurs en passant par le bloc… Le tout sur un massif rocheux rougeâtre, dans un environnement désertique au silence envoûtant, avec en prime la vue sur la ville en contrebas. Cerise sur le gâteau : nous sommes au début de la saison de grimpe (l’été il y fait trop chaud). Les étoiles sont donc alignées pour que notre séjour soit mémorable.

Toutes, sauf une, appelée Shutdown, intéressant concept développé par le parlement américain que nous découvrons comme le reste des voyageurs et touristes présents aux États-Unis ces jours-ci et interdits d’entrer dans les parcs fédéraux et autres monuments. La conséquence pour nous ? La route panoramique du parc (au long de laquelle se trouvent la plupart des parois) est fermée, ainsi que le seul camping dans le coin. Merde. Qu’est-ce qu’on va faire ? Heureusement, toutes les parois ne sont pas fermées. Par contre il faut se trouver un plan B pour le logement. Après un peu de recherche dans le coin, nous découvrons un motel paumé dans le désert, pas trop loin des falaises. Cécile va se renseigner à l’accueil pour les prix :

– Bonjour, nous aimerions connaître le coût pour une chambre svp ?

– Nous sommes la fin de semaine, c’est 99 $ la nuit.

– Ah, c’est vraiment au-dessus de notre budget, nous avions prévu dormir au camping du parc mais il est fermé à cause du Shutdown

– Ah, mais dans c’est cas c’est différent ! C’est 55 $ la nuit.

– En fait nous aimerions rester dans le coin 4 à 5 nuits…

– Très bien ! Alors c’est 45 $ la nuit.

– Entendu !

Je vous le demande, pourquoi Cécile n’a-t-elle pas négocié plus ? Avec un peu de chance nous aurions dormi gratis !

Et nous voilà donc, au motel dans une chambre Western kitsch, à deux pas des parois. Que demander de plus ?

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L’escalade à Red Rocks tiendra toutes ses promesses : des voies magnifiques, un cadre splendide, une température parfaite et pas trop de monde pour en profiter. En outre, le style nous convient parfaitement, les fissures étant surtout utilisées pour y placer nos protections alors que les prises abondent pour la grimpe. J’ai même l’occasion de faire quelques très belles voies de six longueurs avec des grimpeurs rencontrés sur place. On se régale et avons un plaisir fou à grimper ici. Que du bonheur.

Mortelle vallée

Pour être franc, nous nous verrions bien passer un bon mois sur place, tant le potentiel et les projets d’escalade abondent ici, mais le temps commence à presser. Nous sommes début octobre et nous avions prévu d’être sur la côte Californienne d’ici deux semaines. Bien sûr nous n’y serons pas à temps, mais il faut bouger si l’on veut rejoindre le parc du Yosemite et pouvoir y grimper avant les premières neiges, qui peuvent tomber dès la mi-octobre et fermer la route qui s’y rend. Si le shutdown est annulé d’ici-là.

Sauf que pour rejoindre Yosemite à vélo de Las Vegas, il n’y a pas cinquante options : c’est par le parc national  de Death Valley qu’il faut passer. Vous savez, cette vallée sous le niveau de la mer où a été enregistrée la température la plus élevée au monde avec 57o… Me semble que nous n’y traînerons pas. Sans compter qu’avec ce maudit shutdown, la plupart des campings du parc sont fermés. La route, elle, reste ouverte, mais les rumeurs courent qu’on ne peut même pas s’y arrêter, sous peine d’amende… Prendre le bus pour aller plus vite ? Il n’y en a pas dans cette direction.

Bon et bien, il ne reste plus qu’à tenter le coup à vélo, pédaler vite et croiser les doigts… C’est reparti !

6 avis sur « Les lumières de la ville »

  1. Je ne le vous dirai jamais assez mais MERCI de nous faire voyager comme vous le faites! Chaque article est un grand bol d’aventure et de dépaysement que je peux savourer de mon canapé! En ce moment vous me faites revivre ma lune de miel de 2008! Ah nostalgie, quand tu nous tient…
    J’ai vraiment hâte de lire votre prochain article! Death Valley en vélo…. Je n’ai qu’un mot… Respect!
    Belle route à vous!

  2. C’est Emma qui avait la vision la plus juste de Vegas ! Tous les visiteurs, sauf rares exceptions, perçoivent Sin City comme étant le summum du bonheur terrestre avec un grand B. Aussi, nous y avions rencontré un couple montréalais qui s’y était marié. Et marié en débarquant de l’avion, clé en main, dans une wedding chapel, avec témoin fourni, limousine blanche, fleurs, Veuve Clicot et tuti quanti. C’est pas la preuve que le rêve du rêve existe ça non ? Et les enfants ont cette propension remarquable de savoir vivre la réalité comme si elle était un rêve éveillé.

    Mais c’était sans compter sur les parents-éducateurs-attentifs-aux-moindres-détails-d’un-avenir-bien-éduquée-et-bien-élevée-qui-lui-auront-dégonflé-sa-balloune-d’un-seul-coup-d’aiguille-bien-placé-et-pouf-envolé-le-parfait-mirage-la-parfaite-illusion-que-le-voyage-pouvait-bien-prendre-fin-ici-que-j’aurai-tout-vu-et-qu’il-est-futile-de-continuer-la-route-en-quête-d’un-ailleurs-meilleur…

  3. Emma… Pour le magasin M&Ms, Hugo et Mathieu t’attendent le pied ferme pour t’emmener a celui de Londres, ils le connaissent par coeur et en ont vus (enfin surtout manges!) de toutes les couleurs. Bon OK, il va falloir attendre un peu d’ici la. Ne t’inquiete pas, nos deux gourmands de garcons ne vont pas tous les manger… Bises et encore BRAVO, BRAVO, BRAVO.

  4. Que j’ai hâte de connaître la suite de vos aventures dans Death Valley. J’ose espérer pour vous qu’il y fera un brin moins chaud qu’en septembre. On vous embrasse, jean et moi

  5. Comme toujours, les photos sont superbe et le recit palpitant. Tristan est fan du magasin M&M’s…bisous à vous trois et courage dans la vallée de la mort…

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