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Quand y en a plus, y en a encore…

Moab n’était qu’une mise en bouche. Au cours des prochains jours, du désert, on va en bouffer. Jusqu’à l’indigestion.

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C’est, non sans une certaine appréhension, que nous donnons les premiers coups de pédale de Moab, après une semaine de repos. Une journée qui, nous en avions comme un pressentiment, sera l’une de nos plus difficiles à date. Elle commence par une série de faux départs : d’abord une crevaison de la roue de la remorque, alors que nous n’avons pas encore quitté le camping. Puis nous réalisons qu’Emma a oublié sa polar au centre d’information de Moab, où nous nous étions arrêtés pour faire le plein d’eau. Il est 9h30, il fait déjà près de 30o, nous n’avons toujours pas quitté Moab… et près de 100 km nous attendent, principalement en montée. Ô joie.

Highway to hell

Nous n’avançons pas, nos vélos collent au bitume et les kilomètres défilent au ralenti. Maudites côtes qui n’en finissent pas. Vers midi nous n’avons déjà plus d’eau et nous savons que nous n’en trouverons pas avant l’arrivée, dans plus de 70 km. Nous voyons alors sur le bord de la route quelques bâtiments isolés, quelques voitures. Allons voir, il y a sans doute de l’eau. C’est en fait un petit centre d’extraction de gaz naturel, mais peu importe. Suite à  notre demande (et sans doute aussi à la vue de notre air piteux), la réceptionniste nous permet de remplir nos réserves d’eau, et même mieux : elle nous propose de passer un peu de temps au frais dans leur salle de réunion, pour déjeuner. Que ça fait du bien. Emma en profite au passage pour se tenir au courant des nouvelles…

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Nous sommes rechargés pour affronter la suite de la journée. Mais le meilleur nous attend à la fin : une belle longue côte qui nous imposera de puiser dans nos réserves physiques et surtout mentales pour en venir à bout. Vers 20 h nous arrivons enfin à Monticello, destination du jour, où Brian, connu grâce à Warmshowers, nous accueille à bras ouverts et chez qui nous passerons une autre de ces soirées qui rendent notre aventure inoubliable et font (presque) oublier les douleurs du jour.

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Le lendemain ne pouvait pas être aux antipodes de la veille : tout ce qu’on a monté depuis Moab, nous le redescendons aujourd’hui : il y a une justice ! Et la chaleur étouffante est plus supportable à grande vitesse. Nous arrivons rapidement au petit village de Bluff, véritable musée à ciel ouvert où sont exposées des répliques des caravanes de pionniers qui ont traversé ce désert sans pitié à la fin du 19è siècle. Nous n’osons imaginer le courage et l’abnégation de ces gens laissant tout derrière et affrontant l’inconnu, traversant les environnements les plus hostiles, dans l’espoir de vies meilleures, peut-être, à l’Ouest.

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La chaleur atteint ici des sommets : il fait plus de 40o le jour et cela redescend à peine la nuit. Parfait pour un sommeil récupérateur… On ne sait plus comment se mettre dans la tente, tellement on dégouline.

Comme au cinéma

Nous quittons Bluff aux aurores, en direction de Monument Valley, que nous ne pouvions pas ne pas aller voir. Emma nous avoue aimer partir si tôt en vélo : « c’est spécial ! » Ouf. Elle est toujours motivée. Tant mieux, car nous allons connaître une autre journée intense. Des côtes, encore des côtes, toujours des côtes. À vélo ou à pied, peu importe, elles sont toujours souvent interminables. Rien d’autre à l’horizon que la route. Et cette écrasante chaleur… Mais les paysages sont là pour nous récompenser.

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Enfin nous voyons au loin, tout au bout de cette route interminablement droite, se dessiner ces formations rocheuses si caractéristiques et légendaires : nous y voilà, nous entrons dans le mythe. Monument Valley est un parc géré par le peuple et l’État Navajo, le plus grand et le mieux organisé de tous les peuples amérindiens. Ici les Navajo s’occupent de tout et, si tout ne se fait pas sans heurts, à en juger par les cadavres de bouteilles d’alcool qui jonchent la route pour s’y rendre, il faut reconnaître que l’on sent une certaine fierté de la part des Navajo de prendre en main leur destinée, tout en préservant leurs traditions ancestrales.

Monument Valley, c’est aussi le village de Goulding, en bordure du parc, qui est à l’origine de la notoriété mondiale de ces paysages inoubliables. Tout ça grâce à ce couple, les Goulding, venus s’installer ici, au milieu de nulle part, pour ouvrir un poste de commerce avec les indiens vers 1925. Quelques années plus tard, la crise frappant ici comme ailleurs, M. Goulding se dit que ces paysages ne peuvent décidément pas laisser indifférent et, armé de quelques photos, de son courage et d’audace, se décide d’aller à Hollywood pour promouvoir son coin de paradis. À force de persévérance et de beaucoup de chance, il finit par rencontrer le réalisateur John Ford, qui tombe sous le charme de l’endroit. Quelques semaines plus tard, ce dernier viendra y tourner « La chevauchée fantastique » (Stagecoach), premier d’une longue série de westerns tournés à Monument Valley, qui rendront mythique ces montagnes et, par la même occasion, un jeune acteur prometteur du nom de John Wayne.

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Nous avons prévu de visiter, bien sûr, les mésas légendaires de Monument Valley. Nous n’en aurons malheureusement pas l’occasion et c’est l’un de nos premiers regrets du voyage. Car le désert, ce n’est pas que la chaleur et le soleil. Ici comme ailleurs, la météo a ses caprices : cela commence pour nous par une tempête de sable, qui s’insinue partout dans la tente, jusque dans les sacs de couchage. Ah, ce sentiment de s’endormir en mâchouillant des grains de sable… Le lendemain, un ciel menaçant nous attend. Sachant que les prévisions météos n’iront pas en s’améliorant, nous décidons à contrecœur de quitter l’endroit et de revenir sur nos pas, avant de remonter vers le nord. Au moins, nous aurons de magnifiques descentes (vous vous rappelez, celles qui nous auront donné tant de mal il y a quelques jours ?) et aurons l’occasion de pulvériser, Emma et moi notre record de vitesse, à 97 km/h. Et encore, j’ai freiné. Mais chut, ne le dites pas, les mamies ne sont pas au courant…

Roulons sous la pluie

Le jour suivant, nous attend une autre de ces belles surprises : une montée d’une dizaine de miles sur une route de gravelle. De beaux lacets à flancs de montagne, des côtes de 12%… Que. Du. Plaisir. Paradoxalement, nous n’aurons pas tant de misère à en venir à bout. Sans doute nous étions-nous préparés à encore pire, de sorte que, finalement, nous avons été surpris en bien. Si l’on peut dire. Par chance, le temps maussade nous a sans doute permis de gravir cette côte plus facilement, la chaleur faisant place à une fraîcheur agréable.

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En fait, les nuages nous poursuivront toute la journée et nous découvrirons rapidement qu’en fait ce mauvais temps n’est autre que la queue de la dépression diluvienne qui inonde le Colorado ces jours-ci. Ici aussi, beaucoup de routes sont coupées, submergées par des crues éclaires, aussi imprévisibles que spectaculaires et dangereuses. Le désert n’est pas qu’aride. Loin de là. La pluie torrentielle finit d’ailleurs par nous rattraper, alors que nous arrivons au parc de Natural Bridges, dont nous ne verrons malheureusement rien. À peine avons-nous le temps d’installer la tente et de nous y réfugier pour n’en sortir que le lendemain, toujours sous la pluie battante.

La prochaine ville, Hanksville, est à 175 km de là. Entre les deux : rien d’autre que le désert (surprise) et, à mi-chemin, Hite, minuscule hameau au bord du Lake Powell, et l’espoir de pouvoir se ravitailler en eau. Ce qui nous laisse tout le temps de pouvoir apprécier combien rouler dans le désert peut être long et parfois monotone, d’autant que nous ne croisons presque personne. Alors qu’à Yellowstone nous croisions 30 voitures à la minute, ici nous ne voyons qu’une voiture aux 30 minutes. Et, à chaque fois, la même réaction visuelle de l’automobiliste, en deux temps: une première surprise de voir des cyclistes dans un tel endroit, et tout de suite après, la bouche bée de voir un enfant ! Les têtes que nous avons vues, les yeux écarquillés et la mâchoire tombante…

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Paumés

Après 90 km, nous atteignons enfin Hite. Ici, seules six personnes vivent à l’année longue : deux couples de rangers et un couple s’occupant du magasin général et de la station essence. Je n’ose imaginer la joie immense qu’ils doivent avoir à vivre ici, sans personne d’autre vivant à moins de 80 km de là, dans quelque direction que ce soit, le désert entre les deux. Bande de chanceux. Nous discutons quelque temps avec la gérante du magasin, qui nous propose de camper dans les parages. Mais quelques heures plus tard, alors qu’un énième orage menace et que même de la grêle est attendue, la dame revient nous voir et nous avoue qu’elle s’inquiète pour Emma, à l’imaginer sous la tente avec ce temps, et nous offre de dormir dans l’un de leurs mobile-homes de location. Mais pour nous, ce sera gratuit. Et nous voilà bien au sec, dans de bons lits confortables, à l’abri de la pluie battante qui tombera toute la nuit. Une autre preuve de gentillesse qui nous réchauffe le cœur. Le lendemain matin, Emma ira porter un joli dessin à notre bienfaitrice pour la remercier de sa générosité… et reviendra avec un bracelet et un collier ! Je vous dis, y en a une qui est gâtée…

Nous reprenons la route, sous un soleil revenu au sommet de sa forme et de sa chaleur. La journée démarre fort : le pneu arrière du vélo d’Emma éclate, puis nous attaquons une belle méchante côte. À pied, bien sûr. Heureusement, la suite de la journée se déroule plutôt en descente et nous atteignons enfin Hanksville. Plus qu’un village paumé, c’est surtout le symbole pour nous que le plus dur est derrière nous : car s’il reste encore du désert à traverser, le plus pénible est fait. Pour fêter ça, on se paie un motel. Hop. Fous de même. Emma saute au plafond, inutile de le préciser.

La vie en couleurs

Nos corps reposés par une nuit de confort, nous nous dirigeons tranquillement vers le parc national de Capitol Reef. Nous prenons notre temps. C’est alors que nous avons la surprise de voir le paysage aride et rocailleux laisser tout à coup place, au détour d’un virage, à la verdure, l’eau, des vergers. La vie. La vision de cette oasis paradisiaque et de tant de vert nous fait un bien fou. Bienvenue à Fruita, au cœur du parc Capitol Reef. Nous y resterons trois jours, le temps de recharger nos batteries, de nous en mettre plein la vue… et la panse !

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14 avis sur « Quand y en a plus, y en a encore… »

  1. Quel bonheur de vous lire et de revoir des images que j’avais emmagasinées cet été.
    La chaleur, le désert, l’aventure au virage pour vous… la routine du travail, le brouillard, la pluie et déjà le froid, bientôt les 1ères gelées, pour moi. Vous lire me remonte le moral. Et puis les textes sont si bien écrits !

  2. Vous êtes des durs de durs mes amis! Vous lire me rappelle la désertique de la Péninsule de Baja. La chaleur, les côtes et les kilomètres qui passent d’une lenteur infini. Vous vivez le rêve! dans toutes ces réalités. Bisous

  3. C’est beau ce desert , a voir assis d’un bon fauteuil mais j’ai mal pour vous !!! En meme temps vous aurez des souvenirs a vie et que des bons car les corps ce seront reposer ! a l’infini on vois rien pas de voiture , vous en avez croisés un peu sur ses longues lignes droites en faux plat
    Bisous
    Lili

  4. il semble que vous alliez vers le Lake Powell. Ne ratez surtout pas Anteloppe Canyon, un des plus beau! et the Horseshoe bises
    Courage et Cecile, les arrête toi pour les beaux bijoux en turquoise de Monument Valley c’est pas lourd et c’est magnifique et ca te fera du bien
    Bises

    Sophie

    • Merci Sophie! Malheureusement nous n’irons pas à Antelope Canyon, car nous sommes en route vers Death Valley et il nous a fallu faire des choix.
      Quant aux bijoux de turquoise, ce n’est pas l’envie qui manque! Reste à trouver la perle rare, à un prix décent… 🙂 Bises

  5. Wow ! On ne se lasse pas de vous suivre ! Nous aussi les yeux écarquillés et les oreilles grandes ouvertes à vous écouter nous raconter vos aventures ! Ce désert, cette chaleurs et ces averses on les a presque sentis !! Bonne route, lâchez pas on est juste derrière vous ! Bises xxx

  6. Les photos magnifiques et les textes si bien écrits sont que pur bonheur à lire et à contempler. On vous encourage. Vous êtes des champions!

  7. J’aime vous lire, rire de vos blagues et voir vos belles photos! Emma est une grande fille courageuse et sa maman aussi! Vous me faites rêver d’aventures futures quand mon bébé sera grand. Bonne continuité dans le désert!

  8. Nous vous avons croisé dans le parc de Yellowstone au mois d’août, vous m’avez impressionné les trois en vélo surtout dans ce parc qui laisse peu de place au vélo (pas de mérite, nous étions en auto), j’ai dis a ma conjointe: wow! Ils semblent être parti pour longtemps, sans même vous avoir parlé, j’imaginais toute la fierté malgré les embûches, que ce projet doit procurer. De retour chez nous, j’ai gardé en mémoire cet instant ou nous vous avons croisé, en lisant le magasine plein air, une seule photo et le lien c’est rapidement fait. Je regarde votre blogue depuis pour éventuellement partir nous aussi, très beau projet, bien documenté. Surtout allez au bout de votre rêve tout les trois.
    ML

  9. Nous sommes toujours admiratifs de ce que vous faites et de ce que vous voyez.
    EMMA semble très à l’aise dans. ces périples.
    Continuons de vous suivre Avec plaisir .
    Bon courage et dégustez bien. Bisous. Marie et Gerard à St gilles croix de vie.

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