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12 réalités du cyclotourisme au long cours

Voyager en vélo fait rêver, à juste titre : c’est, chaque jour, prendre le temps de découvrir à vitesse humaine de nouveaux horizons magnifiques, vivre en harmonie avec les éléments, ralentir et retrouver, pour un temps, les vraies priorités…

Tout cela est vrai. Mais derrière le mythe, se cachent certaines réalités quotidiennes plus… plates. Petit tour d’horizon des joies du cyclotourisme au long cours…

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  • En vélo, il n’y a jamais, jamais, jamais aucune route plate. Juste des faux-plats (ascendants, souvent), beaucoup de montées et, parfois, des descentes, étrangement toujours plus courtes que les montées. La vie est injuste.
  • Bizarrement, quand on roule, on a toujours le vent de face. Même quand on fait demi-tour. Il est fourbe, le vent.
  • Autre truc étrange : on parcourt chaque jour toujours plus de km que ceux prévus le matin. À croire que les distances s’allongent en cours de route. Serions-nous entrés dans la 4è dimension ?
  • Voyager en vélo c’est devoir s’en tenir à un itinéraire défini. Oublions les détours pour aller voir tel ou tel endroit, qui prennent tout de suite des heures voire des jours. Plutôt frustrant.
  • Rouler à vélo c’est aussi avoir le privilège de déguster de la bouffe de station-service, principalement, fautes d’épiceries dignes de ce nom croisées en chemin. Oublions le bio, le local, les fruits et légumes frais, vivent les OGM, les produits industrialisés, la bouffe vide et la monotonie alimentaire : pain mou, mayo impérissable, pâtes et boîtes de conserve, fromage en papier… Priorité à l’apport énergétique, aux dates de péremption qui se comptent en années, au léger. Mais pas au goût ni à la qualité. Étrange paradoxe de mener une vie saine et active et de nourrir nos corps de merde, quand ceux-ci ont le plus besoin de qualité.
  • En camping, on se lève et on se couche avec le soleil. Du coup, en automne, on rentre dans la tente à 20h et on dort, faut d’avoir quoi que ce soit d’autre à faire. Les longues soirées au coin du feu ? Celles-ci sont maintenant trop fraîches pour qu’on niaise dehors. Mettons que nous avons le temps de lire et de jouer aux cartes. Et ne parlons pas des matins où il faut sortir de la tente à l’aube, dans le froid, tout paqueter puis manger les doigts gelés et la goutte au nez, lampe frontale vissée sur la tête, en attendant le retour de la chaleur du soleil. Peut-être.
  • La vie dehors, c’est évidemment camper et vivre avec les éléments tous les jours, sans répit. C’est bien quand il fait beau, mais quand il fait froid, il pleut, il vente ou les trois, c’est tout de suite moins attirant : on se réfugie sous la bâche ou dans la tente, on attend que ça passe… C’est très relaxant. En vélo au moins on bouge, on pédale, on se réchauffe, le temps passe plus vite, même trempés ou gelés jusqu’au os.
  • Vive la promiscuité et la joie de se voir, en fait de se supporter 24h par jour, de repérer uniquement les travers de chacun, qui nous tapent sur les nerfs, sans que nous puissions nous isoler pour les éviter (sauf sur le vélo). Ah, ces doux et précieux moments d’engueulades. On comprend mieux pourquoi l’on croise tant de cyclotouristes roulant seuls: au moins ils ne se tapent pas sur les nerfs eux-mêmes. À moins que…
  • La promiscuité, c’est aussi dans la tente : collés-serrés avec Emma entre nous, bonjour l’intimité du couple, qui n’est plus qu’un vieux souvenir. Chaleur des corps ? Je ne vois pas de quoi vous parlez.
  • En voyage, l’hygiène est plus ou moins… limitée. Les douches quotidiennes font place aux douches hebdomadaires, au mieux. Vivent les odeurs et les vêtements en laine mérinos, qui au moins les retardent (un peu). Au fait, vous ai-je déjà parlé du délicieux sentiment de coller dans son sac de couchage ? Nous, on adore.
  • Un mode de vie nomade veut dire monter/démonter la tente et bouger chaque jour, ou presque. Pas de tous repos. Au bout de quelques mois, c’est un petit peu lassant.
  • Les journées de repos, justement, les vraies, sont rarissimes. On a toujours quelque chose à faire : mise à jour du blogue, traitement des photos, entretien des vélos, planification de l’itinéraire des jours à venir, école d’Emma, courses, lessive, courriels… Nous rêvons de vraies journées de repos, à ne rien faire. Pourquoi ne les prenons-nous pas ? On ne le sait pas nous-mêmes. Trop de choses à faire, à voir. Qui a dit que voyager était relaxant ? Le quotidien est le même partout.

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Tannés de voyager en vélo ? Au contraire ! Si ces petites « platitudes » font partie de notre quotidien, elles nous font apprécier, ô combien, les petits luxes que nous trouvons, plus souvent qu’on le pense, sur notre chemin : le confort moelleux et chaleureux d’un bon lit au motel ou chez un hôte généreux, le plaisir d’un repas sain et savoureux, les (rares) journées de repos à ne vraiment rien faire, les moments rien qu’à deux, sans enfant, les journées de descentes par beau temps, ni trop chaud, ni trop froid, les arrivées aux sommets de cols interminables, exténués mais tellement fiers de nous, les emplacements de camping paradisiaques, tels des chambres avec vue dans des hôtels 1000 étoiles, les looooooongues douches chaudes, les rencontres inattendues, toujours enrichissantes et inoubliables…

Et par-dessus tout, le privilège et la joie immense de vivre et partager ces moments magiques et tant d’autres en famille, soudés comme jamais nous ne l’avons été…

On n’est pas prêts de s’arrêter de pédaler.

28 avis sur « 12 réalités du cyclotourisme au long cours »

  1. Comme c’est bien dit, j’adore et j’adhère et surtout à la conclusion.
    Le voyage c’est juste magique et à vélo encore plus.
    Bises à vous les nomades, pensez à vous reposer pour de vrai un de ces 4 !

    PS: perso j’envisage sérieusement l’achat d’un hamac en toile de parachute pour le prochain voyage, qu’en dites-vous ? je ne crois pas qu’il fasse trop frais par chez vous pour la sieste au soleil ;-)…

    • Un hamac? Ce sera le meilleur achat que tu ne feras jamais! C’est probablement le seul item que nous emporterions sur une île déserte: un inutile indispensable dont tu ne pourras plus te passer: vas-y!

  2. Tu décris très bien le quotidien d’un cyclonomade, je me suis surprise à dire à plusieurs reprise: c’est tellement ça !! Oui, il a raison !! et à rigoler ! Mais par dessus tout, on apprécie encore plus le confort quand nous avons l’occasion d’y goûter !!

  3. L’Homme, contrairement aux autres espèces, éprouve le besoin de se sentir exister. Et pour certains humains, cela tient de la difficulté de ressentir le simple bonheur de vivre. Alors ils entrent dans une ronde de défis sans fin. Et ils exultent. Ils trippent. Ils en arachent tellement, qu’à un certain moment, ils font comme les chevaux que l’on aura sellés à l’aube et qui auront couru, l’écume à la bouche, jusqu’à l’heure du midi. Ensuite, ils vont à leur rythme. Ils refusent même de forcer. C’est qu’ils sont pas fous, les chevaux. Ils ne se voient pas comme des bêtes de somme. Ils avaient l’envie de courir au matin et maintenant ils ont plutôt envie de marquer le pas, de profiter de l’herbe tendre qui jalonne le sentier.

    Les chevaux dorment dans des stalles. Les nomades dorment souvent sous la tente. Et les enfants dormiront dans la tente parentale aussi longtemps qu’ils sentiront qu’ils peuvent exercer un pouvoir d’homéostasie, dont ils ont pleinement conscience…

    Il existe des tentes dotées de sas où l’on endort le besoin homéostatique de l’enfant, afin de vivre sa vinaigrette. Mais généralement, le prix à payer pour la pratique d’un tel exercice, est exorbitant… Et se manifestera ailleurs, sous une autre forme de quête fusionnelle.

    La solution : les animaux marquent leur territoire… On les trouvent durs parfois. Mais c’est sans compter sur les stratégies des Sioux qui auront permis aux tribus nomades d’évoluer de façon harmonieuse depuis des siècles.

    Bonne chance !

  4. Excellent article qui me fait dire que malgré ces désagréments (que je ne connais que sur 2 semaines max de vélo et en été) ne vous ont pas fait perdre votre sens de l’humour !
    Je crois que ce qui m’a le plus ennuyé c’est le montage démontage de tente chaque jour, je n’ose pas imaginé sur plusieurs mois…
    Merci de partager vos « réalités » mais dites vous que le premier jour de repos après ces mois à pédaler, à enseigner, à se geler, à être crade, sera un des jours les plus agréable de votre vie (disons, de l’année plutôt).
    Bon courage, bonne suite

  5. Je partage quelques éléments mais je ne dois pas pratiquer le même type de cyclo-nomade. Et pourtant, j’ai voyagé longtemps avec mon fils (de ses 8 ans à 16 ans).
    Par exemple, les pentes ? tout ce qui monte redescend (à pleine vitesse !); l’itinéraire ? c’est la chose la plus malléable possible en cyclo, surtout, ne pas le respecter, faire tous les détour qu’on veut, aller voir ce que l’on veut, se baigner, randonner, et rencontrer des gens; la bouffe ? on en traine de la bonne, il y a plein de trucs non périssables autre que les cannes et la mayo avec lesquels on peut se faire des festins de route (avec du vin bien sûr); se coucher avec le soleil ? bin voyons, on fait un feu, on fini la bouteille de vin, on ouvre une ou deux ou trois canettes et on verra demain (le ou les gamins dorment dans la tente, anyway…); l’intimité ? le ou les gamins dorment dans la tente, anyway… l’hygiène ? vive les lacs, ça fait la job! (un hôtel occasionnel aussi). Vive le cyclo-festif !

    • Mais la conclusion me plait beaucoup. On trouve effectivement ces bonheurs plus souvent qu’on le pense.

    • Notre quotidien n’est évidemment pas si déplaisant que ça, heureusement d’ailleurs. Nous avons voulu, par ce billet, dépeindre avec humour certaines réalités que nous rencontrons tous un jour ou l’autre, et montrer que voyager en vélo n’est pas toujours paradisiaque. Mais cela reste, de loin selon nous, la meilleure façon de voyager. Je suis d’accord avec vous et nous vivons souvent des moments inoubliables, mangeons des festins en plein air, passons de super moments autour du feu, découvrons des paradis cachés lors des détours que nous prenons… Vive le voyage à vélo!

  6. C’est vraiment bien de vous lire. On voyage un peu avec vous…
    Emma grandit. Entoucas, elle est devenue superbe comédienne pour illustrer vos propos. 🙂
    xxx

  7. J’adore vous lire! Il faudra vraiment penser à mettre tout ça dans un livre un jour. Bonne route!

  8. quelle belle aventure….c’est énorme cette façon de raconter les choses que nous ici dans notre petit confort ne pensons pas forcément…vous êtes vraiment très courageux tous les 3 bravo !!!!! on pense à vous 😉

  9. De retour depuis un an d’un périple à vélo, cet article m’a fait ENORMEMENT plaisir. J’ai pu revivre parfaitement les sensations de mon voyage le temps de quelques minutes ! Merci pour votre blog…

  10. Beaucoup à lire sur votre blog. J’y vais à petites bouchées savoureuses. Certains désagréments du voyage à vélo nous ont aussi rejoint malgré le super confort d’Ulysse. On a déjà parlé ensemble de la pauvreté du ravitaillement dans certains coins. En passant à Salt Lake City on a failli s’évanouir de bonheur devant le choix et la qualité chez Harmon. Quant à la question d’hygiène, à Yellowstone, avec la neige et le froid, on s’est passé de douche pendant le séjour et avons renoué avec notre odeur corporelle naturelle. Coller dans son sleeping? Pas vraiment eu la sensation, mais c’était vraiment devenu le refuge absolu après les visites des merveilles thermales. Qu’elle ironie ce chaud- froid. Allez salut, en souhaitant très fort que les bêtises républicaines ne nuisent pas à vos séjours dans les parcs nationaux

    • Nous croisons effectivement les doigts pour que les parcs soient réouverte pour notre passage, surtout Death Valley et Yosemite, où nous devrions être au cours des deux semaines qui viennent. À suivre…

  11. J’adore vous lire et regarder vos photos. N’oubliez pas que ce type de voyage est d’abord et avant tout un voyage intérieur pour chacun de vous. Quelle chance extraordinaire que tu as Emma de pouvoir le faire si jeune et si bien entourée, tu en resortiras grandie et ce dans tous les sens du terme. Bonne continuation!

  12. Ping : Vue sur réseaux n°4 : Blogging – Voyage – Vidéo

  13. Belle description du quotidien et des sensations des cyclistes au long cours ! Si la lassitude peut parfois poindre le bout de son nez, elle passe souvent très vite grâce à toutes les bonnes choses que ce mode de voyage apporte !

  14. Lol!! j’aime votre article qui m’a fait bien rire! … je ne peux pas m’empêcher de vous dire de prendre des « congés »!! Profitez des dimanches comme journée off?!

    • Merci Roxanne! Nous prenons plus de journées de repos que l’on croit: au moins une par semaine, car en fait nous roulons plus que prévu chaque jour 😛 Notre semaine de repos à Las Vegas, à dormir dans de vrais lits, nous a toutefois fait bcp de bien, nous avons pu rechargé nos batteries pour affronter Death Valley, où nous sommes en ce moment 🙂

  15. Salut,
    voyager à vélo, c’est vérifier la loi de murphy à chaque coup de pédale. Pas de quoi se décourager, vous avez l’air de garder la banane:)
    Les enfants, ça forme aux dures lois de la vie.

    Avoir des parents aussi évidemment. Grâce à vous j’ai plus honte de gaver nos gosses de junk food, hé on est des voyageurs nous aussi:)

    En tout cas, un plaisir de vous voir si bien bouger à trois. Un bel exemple pour nous, qui espérons un de ces jours faire circuler notre peloton à huit pattes:)

    Merci pour l’inspiration et a+ certainement.

  16. Je vous trouve bien courageux , j’admire deja tout les gens qui font un voyage qui quitte tout pour quelques mois voir plusieurs années , que ce sois en velo , sac a dos , camping car (bon la c’est totalement different ) j’adore suivre leur aventures ce que j’ai jamais fais ,vous me donnez un moment de bonheur , en plus je trouve que vous avez une petite fille qui se fait bien a tout , elle plutot cool !!!!
    Bises a vous 3
    Lili

  17. Bonjour les amis!
    Félicitations pour les photos et les récits, on s’est régalé. On est content de savoir que tout va bien pour vous depuis qu’on vous a croisé dans le sud de l’Utah où nous faisions une pause terrestre avant de reprendre la mer. Alors c’est promis on se revoit dans 3 ans en Australie? Gros bisous à Emma et à vous deux!
    Les Oniva’s

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