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Ah, l’Utah…

Jusqu’ici, les cols montagneux et tout le reste… c’était de la rigolade à côté de ce qui nous attend : bienvenue en Utah, l’état aux cinq parcs nationaux, aux déserts et terrains de jeux infinis.

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Dès notre sortie des faubourgs de Salt Lake City, nous sommes tout de suite dans l’ambiance et la chaleur nous accueille à bras grands ouverts. Mais ce n’est qu’une fausse alerte, car nous pédalerons les deux jours suivants sous la pluie. Mais qui a dit que le désert était aride ?Heureusement, en fin de compte, car au moins la grosse chaleur n’est pas au rendez-vous. Pas encore.

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Les journées sont longues, dictées par les distances entre villes-étapes, qui d’ailleurs ne sont pas légion par ici et entre lesquelles il n’y a rien d’autre que de grandes vallées arides entourées de montagnes plates (les mesas). Nous mettrons quatre jours pour couvrir les 5oo km de désert séparant Moab de Salt Lake City. Notre moyenne quotidienne de 50 km est depuis belle lurette un lointain souvenir… Au cours des deux derniers des quatre jours, plus chauds, nous commençons à expérimenter ce qu’est rouler dans le désert, et nos réserves d’eau, pourtant généreuses, sont dilapidées en quelques heures, tant nous buvons. À tel point que nous devons quêter un peu d’eau sur une halte routière, à des pompiers de passage. C’est l’aubaine: ils nous remplissent toutes nos bouteilles ! Nous apprendrons et nous munirons, à l’avenir, d’encore plus d’eau. De toute façon, on n’en a jamais trop.

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Nous arrivons dans la vallée de Moab sous un temps gris mais l’émotion est là et la magie opère : tout autour, des falaises ocrées, portes d’entrée des hauts plateaux des parcs de Canyonlands et d’Arches, surplombant la vallée de Moab. Nous n’en croyons pas nos yeux et nous imaginons projetés dans un vieux western de John Ford. Et ce sera comme ça pour le prochain mois.

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Moab, l’autre capitale du jeu

Nous arrivons à Moab et découvrons vite que celle-ci vit grâce à son environnement. Ici tout est prétexte à l’évasion dans le désert, et pour cela il n’y a pas cinquante options : c’est en véhicule tout-terrain qu’il faut s’y rendre. Ici comme partout en Utah, les étendues sont tellement immenses et les routes asphaltées si rares qu’il est impossible de faire autrement. Logiquement, les Jeep sont partout, on ne compte plus les commerces qui louent les 4×4, incontournables ici. C’est pour nous un constat amer : si l’on veut découvrir le désert, c’est en véhicule tout-terrain que ça se passe. Pas en vélo. Oublions les trésors cachés aux confins de l’état, nous nous en tiendrons aux routes, qui nous procurent déjà assez d’efforts.

Une autre évidence prend d’ailleurs de la place dans nos esprits depuis quelques temps : voyager à vélo, c’est bien, mais il faut oublier tous les petits (et, a fortiori, les grands) détours, qui prennent certes quelques heures en voiture, mais qui se comptent en jours en vélo. Nous l’avions vécu à Lake Louise, nous le revivons ici :

les parcs nationaux de Arches et Canyonlands sont juchés sur les plateaux surplombant la vallée et leurs campings sont situés aux extrémités, sans eau, à une journée de vélo de Moab. Nous nous trouvons rapidement face à un dilemme : soit nous explorons Arches et Canyonlands à vélo, dans la chaleur et avec peu d’eau, sans grande possibilité de s’arrêter et de randonner en chemin, soit nous louons une voiture et en profitons pour nous reposer du vélo. Nous ne tergiversons pas longtemps : nous visiterons la région en voiture durant trois jours.

Envoûtantes Arches

Nous commençons notre découverte de la région par le magnifique parc national d’Arches. S’il est relativement petit, il regorge de falaises et d’une quinzaine d’arches (d’où son nom) sculptées par l’eau dans les falaises de grès. Ici, les falaises d’un rouge vif déploient toute leur beauté dramatique au lever et au coucher du soleil, qui les enflamment de leur lumière chaude. Nous prenons le temps de parcourir à pied les recoins du parc moins courus et de découvrir des arches et parois recluses dans des vallées isolées. Lors de cette première vraie incursion dans le désert, nous tombons sous le charme austère et déconcertant de l’endroit. Et si les touristes abondent le long de la route panoramique, nous parvenons à oublier l’affluence qui disparaît dès les premiers mètres de randonnée.

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Sauf en fin de journée, pour l’attraction phare du parc : la fameuse Delicate Arch, la plus belle et la plus connue du parc, également le symbole de l’Utah, à juste titre d’ailleurs. Isolée au sommet d’une falaise, seule debout face à un panorama à couper le souffle, elle vaut sa réputation. Mais en fin de journée, alors qu’elle se pare de ses plus belles couleurs, nous ne sommes pas seuls pour l’admirer. Et si la plupart des gens gardent une distance raisonnable, tant par respect pour l’icône que pour admirer ses qualités picturales dans leur contexte, d’autres ne se gênent pas pour de planter juste devant et poser pour la caméra : « J’y étais ». Et pour ça, les Chinois n’ont pas leur pareil. Vas-y que je fais semblant de porter l’arche à bout de bras, viens poser avec moi, à ton tour de poser, encore une en groupe… Ça n’en finit plus et ces messieurs-dames finissent pas se faire siffler pour bouger de l’endroit. Ce qui ne les dérange pas outre mesure. J’aime beaucoup les touristes chinois : ils sont seuls au monde. Nous finissons tout de même par assister à un coucher de soleil mémorable, qui conclut en beauté cette journée magique.

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Canyonlands, aussi loin que porte le regard

Le lendemain, direction l’autre côté de la vallée pour une toute autre ambiance, dans le parc de Canyonlands. Ici, point d’arches, ou si peu. L’essentiel est ailleurs, en contrebas du plateau sur lequel nous sommes juchés, pour observer les nombreuses vues des canyons sculptés au cours des millions d’années par les eaux du Colorado. Les panoramas se succèdent au fil des points de vue, tous aussi chavirants les uns que les autres, selon la lumière du soleil et le moment de la journée. L’un des plus beaux points de vue, probablement celui embrassant le plus vaste panorama, se trouve d’ailleurs en dehors du parc de Canyonlands, mais sur le même plateau, dans le parc d’État Dead Horse Point.

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Du plateau, aucune route ou presque pour rejoindre la base, tout en bas des mesas, si ce n’est une route de gravier sinueuse et très abrupte, réservée aux véhicules tout-terrain. Nous aurions aimé l’emprunter en vélo, mais puisque nous sommes en voiture… Nous nous rattraperons d’ici quelques semaines, sur une autre route tout aussi impressionnante, et en montée en plus. Mais ça, on ne le sait pas encore.

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La claque

Moab est un vrai paradis pour les activités de plein air non motorisées. La randonnée, bien sûr, mais aussi et surtout le vélo de montagne, pour la pratique duquel les amateurs viennent de partout dans le monde, afin de se frotter aux mythiques pistes des Slick Rocks locaux. Mais quand on passe ses journées à pédaler, changer de vélo ne nous tente pas forcément. Nous, c’est plutôt l’escalade (au cas où vous l’auriez oublié). Et ici comme ailleurs en Utah, les parois, il y en a partout, il suffit de lever le nez. Oui mais voilà : il faut pouvoir s’y rendre, et nous sommes en vélo. Sans compter que les voies ici ne sont pas spécialement les plus accessibles : tant en isolement qu’en longueur ou en difficulté. L’escalade est plutôt du type « terrain d’aventure » réservé aux experts. Pas vraiment compatible lorsqu’on est en famille. Nous trouvons tout de même un secteur pas trop loin en vélo de Moab, truffé de voies d’une longueur, tout au bord d’une route, le long du Colorado : Wall Street nous comblera durant trois jours. En fait trois fins d’après-midi, vu l’impossibilité d’y grimper plus tôt, tant le rocher est brûlant lorsqu’exposé au soleil.

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Avouons-le toutefois: nous nous y ferons sévèrement botter les fesses, tant l’escalade ici y est atypique, presqu’intégralement composée de fissures striant les murs autrement vierges de prises. Amis des coincements douloureux, bonjour. Ici il faut batailler, pied par pied. Je ne m’avouerai pas vaincu pour autant et, après avoir apprivoisé le rocher, nous grimperons quelques superbes voies, y compris Emma, même pas impressionnée par la grandeur des parois alentours.

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Cette brève incursion dans le monde vertical de Moab sera toutefois la seule, car je n’aurai pas réussi à trouver un partenaire d’escalade avec qui aller grimper une longue voie dans le désert des alentours. Oublions les grandes tours des parcs. Arrière-goût d’insatisfaction, une fois de plus. Notre voyage vélo-escalade tournerait-il tranquillement au vélo pur ? Peut-être, quoi que je ne m’avoue pas encore vaincu. Non mais. En attendant, une fois de plus, je ronge mon frein et commence à réaliser qu’il faudra sans doute faire un second tour du monde, celui-là complètement dédié à l’escalade. Et il ne se fera pas en vélo.

La traversée du désert

Nous resterons un peu plus longtemps que prévu à Moab. D’abord pour nous poser un peu. Il faut dire que depuis quelque temps nous traversons une période de lassitude. Celle tant redoutée que vivent les voyageurs au long cours après trois ou quatre mois sur la route. Concrètement ? Nous commençons à nous lasser de rouler chaque jour. À trouver que tout se ressemble. À chercher les raisons pour enfourcher notre vélo chaque matin. Trop-plein de nouveautés, de paysages ? Incapacité de digérer tout ça ? Sans doute. Peut-être un peu de fatigue accumulée, aussi.

Ce qu’on ne sait pas encore, c’est que cette période de doute s’accentuera au cours des prochaines semaines dans le désert. On en reparlera.

Heureusement, les rencontres que nous faisons presque chaque jour nous permettent de continuer à trouver un sens à notre voyage. Entre autres Uli, Tanya et leur fille Emma (4 ans), qui voyagent, comme nous, à vélo. Partis de Calgary, ils rejoignent Las Vegas d’ici quelques semaines, comme nous. Cyclotouriste depuis plus de 30 ans, Uli a une expérience incroyable et a roulé sur tous les continents. Nous passerons deux jours avec eux et les filles joueront beaucoup ensemble.

Nous partirons plus tard que prévu de Moab pour une autre raison, médicale celle-ci : Emma ayant une dent douloureuse depuis quelques jours, nous irons visiter le dentiste local pour la lui soigner. Ou plutôt, après diagnostique : la lui ôter. Tout se passera très bien, Emma aura fait ça comme une grande et aura été gâtée par la Fée des dents : un beau livre de Nancy, qu’Emma passait son temps à parcourir dans la librairie du coin depuis quelques jours.

Nous quittons Moab après près de dix jours sur place, direction plein sud, vers Monument Valley. La traversée du désert commence, dans tous les sens du terme…

10 avis sur « Ah, l’Utah… »

  1. À voir et à lire que vous faites 100 kilomètre par jour, vous pouvez manger tout ce que vous voulez, n’est-ce-pas? Sucreries à volonté!
    Merci pour les beaux paysages. C’est comme de la magie pour nous.

  2. Remorque BOB .La remorque BOB est un excellent produit ,Cependant le pneus
    d origine n est pas compatible avec des descentes rapide, Pour Il faut instaler un pneux de type slick de haute qualité pour ne pas avoir de perte de controle .SVP voir un spécialiste du velo ,bye

    • C’est exactement ce que nous avons fait: nous avons changé le pneu du BOB et installé un pneu slick à haute pression, pour un meilleur roulement: pas mal plus efficace!

  3. Merci de nous partager votre expérience par vos récits et vos superbes photos. Je constate par la première photo que la petite Emma commence à avoir du mollet ! À cet âge, c’est plutôt rare. Quelle belle expérience de vie pour cet enfant ! Je constate aussi que les touristes chinois agissent de la même manière partout. Ma fille travaille au Château du Lake Louise depuis 12 ans et elle pourrait vous en parler longtemps. Toujours dans ses jambes et à 28 personnes du coup ! Ça jacasse comme des poules et clic, clic, clic, clic, sans arrêt. En effet, ils sont seuls au monde ! Je vais transmettre la référence de votre site à un cousin aventurier qui a déjà fait une partie de votre périple, il sera certainement enchanté et même ému de lire vos commentaires sur des lieux qu’il a lui-même foulés à vélo lui aussi. Bonne continuité de voyage, de belles rencontres et des paysages qui marqueront à jamais votre mémoire. P.S. Je reviens d’un périple de deux semaines à vélo en Provence avec cinq amis cyclistes qui fut tout à fait magnifique. D’excellents souvenirs gravés à jamais moi aussi dans ma mémoire.

  4. Vous ne serez plus à Utah en deux semaines? J’y passe là-bas le 14 octobre pour quelques jours d’escalade et on pourrait certainement aller grimper des longues voies.

    • Effectivement, nous venons de quitter l’Utah et nous dirigeons vers la Californie, avec le Yosemite en point de mire d’ici 2 semaines. En attendant nous sommes à Red Rocks (près de Las Vegas) pour les prochains jours. Y passerez-vous aussi par hasard?

      • Malheureusement, non, pas de Red Rocks pour moi cette automne. On a fait Birdland ce printemps, je l’ai fort apprécié!

  5. Je viens de découvrir votre blogue et cela me donne des fourmis dans les pieds et des rêves plein la tête! C’est un magnifique projet dont vous pouvez être tous fiers! Vous êtes peut-être en période de doute, de fatigue, d’épuisement, mais cela ne fait que confirmer que vous faites vraiment quelque chose de spécial! Prenez le temps de vous reposer autant qu’il le faut, mais n’abandonnez pas ce projet qui donne des ailes à certains qui vous lisent!

    • Merci 🙂 Nous sommes en ce moment à Las Vegas et en profitons pour nous reposer dans de grands lits moelleux 🙂 Rien de tel pour recharger les batteries avant de repartir!

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