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Yellowstone, le parc des superlatifs

Après un départ difficile de Harrison – émotionnellement et musculairement – nous mettons le cap sur Yellowstone, le parc de tous les records, que nous atteindrons trois jours plus tard et traverserons du Nord au Sud. La réalité sera-t-elle à la hauteur du mythe ?_FXD6214

Le choc

Nous en avons un premier aperçu alors que nous entrons dans le village de Gardiner, à l’entrée nord du parc : le monde, les restaurants, les camping-cars et voitures par centaines… c’est le choc. Plus ancien parc naturel du monde, créé en 1872, Yellowstone est aussi le plus couru, avec 3,5 millions de visiteurs qui viennent chaque année découvrir ses centaines de geysers, sources chaudes, fumerolles et autres piscines multicolores. Il faut dire que le parc de Yellowstone est un ancien volcan gigantesque, toujours actif en fait, à en voir l’activité géothermique qui s’y déroule chaque jour. Une telle concentration est unique au monde, sans compter la densité de la faune et la grande possibilité de voir des bisons, wapitis, grizzlis, orignaux, voire des loups pour les plus chanceux qui peuvent les apercevoir. C’est une raison suffisante pour attirer la faune la plus nombreuse du parc : les touristes. Bienvenue à YellowstoneLand.

Nous entrons dans le parc par l’ascension du Mammoth canyon. Chaleur intense, route sinueuse, absence d’accotement, traffic de fou. Ô joie. Heureusement, nous arrivons rapidement au camping et avons, comme d’habitude dans les parcs nationaux américains, la joie de pouvoir profiter d’un emplacement réservé aux cyclistes et randonneurs, alors que tous les autres emplacements sont pleins. Une sieste à l’ombre des pins s’impose, avant de monter à pied vers le village de Mammoth Hot Springs. Deuxième choc : alors que le canyon et le camping sont situées au cœur d’une végétation aride, ici nous découvrons des pelouses vertes manucurées, du bitume, des millions de gens…. Nous étions si bien à la ferme.

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Aux sources de la terre

Nous attendons la fin de la journée pour aller découvrir les Hot Springs, et ainsi éviter le monde. Première impression : l’odeur omniprésente de soufre des piscines dégageant leurs vapeurs, qui nous rappelle les cours de chimie. Les sources, majoritairement en terrasses, sont très belles et cette première incursion dans ce monde géothermique aux températures infernales et où, pourtant, la vie est présente partout et à l’origine des couleurs surréelles, est fascinante : c’est en effet la présence d’algues et de bactéries qui, selon la température de l’eau et son taux d’acidité,  donnent à l’eau ces reflets allant du jaune au bleu en passant par le rouge, l’orange et le vert. Amateurs de trempette, abstenez-vous, vous pourriez y laisser votre peau. Dans tous les sens du terme.

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Nous partons le lendemain en direction de Norris, à 40 km de là. Le départ est raide : toujours cette montée du canyon, toujours autant de voitures. À tel point qu’à mi-chemin nous sommes arrêtés par un énorme embouteillage, causé par la vue d’une maman ourse noire et de ses deux oursons, près de la route. Il faudra près de 30 minutes pour que le tout revienne à la normale et que nous puissions recommencer à rouler.

L’oeuvre de Dieu, la part du Diable

Nous arrivons à Norris en début d’après-midi et campons au bord d’une toute petite rivière sinueuse. Quelle n’est pas notre surprise, alors que nous entrons dans la tente le soir, de réaliser que le sol est chaud, juste sous la tente : nous avons le chauffage radiant ! Nous dormirons comme des bébés, malgré l’orage.

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Le lendemain matin, nous partons découvrir à pied le bassin de geysers de Norris, distant de quelques kilomètres du camping. Malheureusement, le ciel est gris, mais l’ambiance reste fascinante. Il règne ici comme un parfum de début du monde : partout ça fume, ça bouillonne, ça entre en éruption, ça gronde. De nombreux trottoirs de bois jalonnent le parcours, desquels il ne faut pas sortir, sous peine d’être brûlé : le volcan est là, jusque quelques pouces sous la surface. C’est déroutant comme cet environnement désolé fourmille de vie, malgré la forte concentration d’acide dans les parages. Animaux comme végétaux aiment se promener dans ces endroits, surtout l’hiver, pour y trouver une peu de chaleur. À leur propre risque: il y a quelques années, un bison est tombé dans une piscine et en est mort: il paraît que ça sentait le steak grillé dans les parages pendant plusieurs semaines…

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La vue de ces aménagements des sentiers et des routes du parc, conçues pour passer au plus près des « attractions » afin d’en permettre l’accès au plus grand nombre, en voiture ou en fauteuil roulant, nous procure par contre des émotions mélangées : où est le mérite de la découverte ? Parmi ces stationnements, ces allées pavées, l’accès à la nature « pour tous » a-t-il détruit son aspect sauvage et vierge ? Edward Abbey, libre penseur et inspirateur de nombreux activistes environnementaux, me revient en tête, notamment ses pensées sur les dérives des parcs nationaux, publiées dans son livre Désert Solitaire, l’un des livres les plus marquants que j’ai lus. Nous en reparlerons à Moab.

Après un déjeuner sous la pluie, nous partons pour le camping de Madison. Pour la troisième nuit consécutive, nous sommes les seuls cyclistes : mais où sont les autres, tous ceux que nous avions croisés au cours des dernières semaines ? Yellowstone ne jouit en effet pas d’une réputation reluisante auprès des cyclotouristes et, pour l’avoir vérifié concrètement, nous ne pouvons qu’être d’accord : peu d’accotements, trop de voitures et surtout de camping-cars qui, avec leurs immenses rétroviseurs et souvent conduits par des gens n’ayant pas l’habitude de si larges véhicules, sont dangereux pour nous. Jamais l’expression « conduire pour les autres » n’aura été si vraie, dans notre cas, qu’ici. En près d’une semaine de présence dans le parc, nous n’aurons croisé que deux autres cyclistes.

Le show

Le jour suivant notre arrivée au camping de Madison, nous décidons d’aller voir l’attraction phare du parc : Old Faithful geyser, et les nombreux autres geysers et piscines du bassin des Geysers. Distants de 25 km, sans camping aux alentours (le prochain camping est à 50 km de là), nous décidons de nous y rendre en pouce. Nous nous faisons prendre rapidement en stop par un pick-up : allez hop ! Tous les trois à l’arrière, en plein air ! En chemin, nous croisons deux bisons se promenant sur le bord de la route. Impressionnants bestiaux, je ne leur chercherais pas des poux et n’en mènerais pas large en vélo parmi eux !

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Arrivés sur place, c’est l’apothéose : trois complexes hôteliers, une station essence, un magasin général, de nombreux restaurants, trois stationnements pour accueillir des centaines de véhicules : l’usine à gaz. Le tout bâti autour du Old Faithful geyser et de ses éruptions aux 90 min et suivies comme des grand-messes par des centaines de spectateurs. Trop pour nous.

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Et même s’il faut reconnaître que le geyser est impressionnant, d’autres geysers le sont tout autant, même s’ils sont moins prévisibles ou si leurs éruptions sont moins fréquentes. Ils ont surtout l’avantage d’être moins courus et nous avons le loisir de les admirer dans le calme.

Après la représentation de 13h30, nous nous éloignons vite de la foule et partons à la découverte des autres geysers, fumerolles et piscines qui abondent dans les parages. Ces dernières aux mille couleurs ont notre préférence, dont la fameuse Morning Glory pool, magnifique mais en péril à cause des nombreux objets qu’y ont jeté les gens dans le passé : pièces, foulards, chandails… même un soutien-gorge ! La connerie n’a pas de limites.

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La vie en couleurs

Grant Village, au bord du lac Yellowstone, l’un des plus grands lacs d’altitude des États-Unis, à 2200 m d’altitude, est notre dernière destination du parc. Pour le rejoindre, nous passerons à côté de notre coup de cœur du parc : la piscine Grand Prismatic, qui ne nous aura pas déçus : c’est un véritable arc-en-ciel de couleurs, aussi beau « en vrai » qu’en photo. La nature est capable de tant de merveilles !

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De retour en selle, nous croisons ensuite non pas une fois, mais deux fois le Continental Divide. La circulation automobile, passant par le bassin des Geysers, atteint des sommets. Par moments, dans certaines montées nous avons le sentiment de rouler sur le pont Jacques-Cartier à Montréal, tant il y a de voitures qui nous doublent. Nous rejoignons Grant Village vers 16h et nous installons, comme d’habitude, dans l’emplacement de camping réservé aux cyclistes, puis allons nous payer un petit resto qui ne restera malheureusement pas dans les annales. Le lendemain, pour notre dernier jour dans le parc, nous nous payons une journée de repos au bord du lac et prenons le temps de ne rien faire, sinon nous promener sur la plage, attraper des grenouilles et manger des guimauves au coin du feu.

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En demi-teinte

Globalement, nos impressions du parc sont, étrangement, plutôt mitigées : les geysers c’est bien, mais au bout de trois jours, on a un peu le sentiment de revoir toujours la même chose. Par contre on ne se lasse pas des couleurs magiques des piscines. L’environnement du parc est quant à lui très agréable mais, en toute modestie, nous avons moins été émerveillés ici que parmi les montagnes que nous avons traversées au Montana. Sentiment de « déjà vu »? Début de lassitude du voyage ? Peut-être, nous y reviendrons. Mais surtout, la foule, partout. Nous nous y attendions, pourtant : c’est le plus ancien et le plus visité de tous les parcs naturels du monde, nous sommes en plein été et il fait beau, tous les ingrédients sont réunis pour que le parc soit plein à craquer. Sans doute nos attentes étaient-elles trop grandes, dues à la réputation du parc, même s’il faut reconnaître que celui-ci reste un joyau naturel unique au monde qui mérite d’être visité au moins une fois dans sa vie. Nous ne regrettons pas une seconde d’y être allés.

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Nous n’aurons pas vu non plus autant d’animaux qu’espéré, entre autres des bisons, qui pourtant se retrouvent par milliers dans le parc. Simplement, nous n’étions pas aux bons endroits. C’est ça aussi, voyager en vélo: on ne peut pas tout faire, tout voir aussi facilement qu’en voiture, et il faut faire des choix d’itinéraires nécessairement contraignants. Dans notre cas nous avons privilégié les beautés géothermiques à la faune, qui nous avait déjà comblés à Lake Louise.

Nous quittons Yellowstone par le sud le 12 août, traversons encore une fois le Continental Divide (c’est la huitième fois… vous suivez ?) et filons en descente vers le Parc de Grand Teton, où nous retrouverons avec émotion nos chères montagnes Rocheuses. À découvrir au prochain épisode !

3 avis sur « Yellowstone, le parc des superlatifs »

  1. J’ai revu le geyser Mammoth à 25 ans d’intervalle. Il était le point d’orgue du Parc et à couper le souffle à l’époque. Alors qu’aujourd’hui, nous n’y voyons que les traces de son fabuleux passé (si récent). La nature se fout absolument des touristes et voilà une démonstration évidente de la place que l’humain y occupe : minuscule… Mais qui lui impose une charge colossale. Si vous avez vu du monde en masse autour du Old Faithful, attendez de voir la queue du Half Dôme dans Yosemite. Mais vous n’êtes pas assez tête en l’air pour vous y aglutiner durant la haute saison. Contrairement à d’autres…

  2. Malheureusement les parcs nationaux ont dénaturé l’environnement avec leur sentiers balisés et accessible à tous. Je ne connaissais pas le livre d’Edward Abbey. Merci du lien. Bon vent.

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